Stéphane Dorin : « Cette génération a des goûts musicaux plus variés »

Antoine Pecqueur 05/05/2015
Professeur de sociologie à l’université de Limoges, Stéphane Dorin est l’auteur de l’enquête sur “Les publics de la musique classique en France à l’ère numérique” (éditions des Archives contemporaines, à paraître en juin). Il revient sur les spécificités du comportement des 30-49 ans.
Quelle est la place des 30-49 ans dans les concerts de musique classique ?
Cette génération, qui correspond grossièrement à ce qu’on appelle aux Etats-Unis la génération X, c’est-à-dire ceux qui viennent juste après les baby-boomers, a un comportement culturel différent de celles qui l’ont précédée. Leur présence dans les publics est ainsi limitée, en comparaison des baby-boomers (50-70 ans). C’est sans doute le problème le plus préoccupant, car on ne sait pas s’ils vont se tourner plus vers la musique classique en vieillissant et en s’approchant de la retraite.
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L’autre information marquante est le fait que ceux qui appartiennent à cette tranche d’âge et vont aux concerts classiques ont moins d’enfants que la population générale – voire aucun. La configuration du concert, à 20 h en centre-ville, peut expliquer ce phénomène : faire garder les enfants, se rendre à la salle de concert alors que les horaires de travail se sont allongés ces dernières années, rend leur décision d’aller au concert plus compliquée à gérer, ne serait-ce que d’un point de vue pratique. Les femmes sont aussi moins nombreuses en proportion, pour ces mêmes raisons.
Y a-t-il un écart entre Paris et la province ?
En régions, les concerts qui ont lieu dans les villes moyennes ou les petites villes permettent d’élargir le public, car les problèmes pratiques sont plus faciles à gérer. C’est la même chose pour les festivals, plus ouverts pour cette raison aux familles. A Paris, le rythme de vie (horaires de travail plus tardifs qu’en régions, déplacements, organisation matérielle) rend la décision de sortir plus complexe pour cette génération (enfants en bas âge, responsabilités professionnelles). On note d’ailleurs des écarts entre les concerts du semaine et ceux du week-end qui permettent de faire garder les enfants, comme les Garderies musicales de l’orchestre Lamoureux.
Y a-t-il des genres musicaux que privilégie cette génération ?
Cette génération a des goûts plus variés, dans lesquels la musique classique peut occuper une place importante, mais pas exclusive. Leurs goûts culturels les portent vers un certain éclectisme, mais limité. Ils sont en revanche très ouverts aux technologies numériques (vidéos à la demande, streaming, équipement audiovisuel…). Ils vont être aussi plus nombreux en proportion dans le baroque et le contemporain, en comparaison du classique et du romantisme.
Que préconisez-vous pour attirer cette génération ?
Des horaires différents, le week-end, la prise en compte de la dimension familiale, la sortie au concert comme pratique de sociabilité (sorties en famille ou entre amis, possibilité de se restaurer avant ou après le concert) constituent autant de pistes, déjà mises en œuvre dans les festivals ou à l’étranger, qui peuvent les inciter à prendre la décision de se rendre à un concert. Cette génération constitue également une cible intéressante pour les retransmissions de concert sur Internet et les moyens audiovisuels numériques, en guise de rattrapage.
Est-ce la même situation à l’étranger ?
Oui, c’est un phénomène général, que l’on retrouve, quasiment, dans les mêmes termes aux Etats-Unis et en Europe, et qui provoque les mêmes inquiétudes pour l’avenir proche, car le déclin de la participation commencera lorsque les baby-boomers ne pourront plus se rendre aux concerts classiques. Les garderies musicales existent ainsi en Allemagne ou au Québec. Aux Etats-Unis, la fondation Wallace (voir ici) va financer des actions visant à faire venir cette tranche d’âge aux concerts classiques.
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