Paris : le Festival Chopin prélude

Du 20 juin au 14 juillet, le 32e Festival Chopin à Paris réinvestit l’Orangerie du parc de Bagatelle pour une quinzaine de récitals qui mêlent grands noms et jeunes espoirs du piano, tous réunis par le même fil conducteur : le prélude, si bien illustré par Chopin.
Wilhelm Backhaus fut certainement le dernier des virtuoses qui préludait sur la scène pour introduire son programme, selon la philosophie de Czerny (« l’une des grâces du pianiste est de mettre les auditeurs dans une bonne disposition d’esprit »). A l’origine, le prélude n’était qu’un caprice, une improvisation sans conséquence motivée par la nécessité : celle de vérifier l’accord et la sonorité de son instrument. Cette raison d’être perdura cependant à travers les siècles. Après en avoir plus ou moins systématisé l’usage, sans doute à l’imitation des chanteurs ou des organistes, les luthistes italiens de la Renaissance consignèrent le prélude sur la portée, quoique sans l’encadrer par des barres de mesure. Publié à Venise en 1508 par Ottaviano Petrucci, le Tastar de corde d’Ambrosio Dalza est l’un des plus anciens prototypes du genre qui soit parvenu jusqu’à nous.

Les origines, de la Renaissance au baroque

A Paris, le libraire Pierre Attaingnant, « imprimeur sis rue de la Harpe avec privilège », qui fut le premier à diffuser de la musique dans le royaume de France, confirme que le praelude, en 1530, est une « suite de notes qu’on chante ou qu’on joue pour essayer la voix ou l’instrument », quand l’Académie constate dans son premier dictionnaire, achevé en 1694, que « préluder signifie joüer sur un instrument ou essayer sa voix par une suite de tons differents ». A l’appui de cette définition, un exemple plaisant : « Ce joüeur de luth prélude tousjours long-temps. Il fatigue ceux qui l’escoutent à force de préluder. » Dans la quatrième édition du même dictionnaire, d’où le piano­forte est absent, on lit toutefois en 1762 : « PRÉLUDE. s.m. Ce qu’on chante pour se mettre dans le ton dans lequel on veut chanter, & pour essayer en même temps la portée de sa voix. Il se dit pareillement de ce qu’on joue sur un instrument, tant pour se mettre dans le ton sur lequel on veut jouer, que pour juger si l’instrument est d’accord. Ex. : ce joueur de clavecin excelle dans les préludes. »
Si les claviers ont ainsi chassé les cordes du luth, en l’espace de soixante-dix ans, c’est que, dans l’intervalle, s’est glissée la production des plus grands maîtres nationaux de l’instrument : Louis Couperin, Jean-Henry d’Anglebert, Nicolas Lebègue, Nicolas Siret (l’un des derniers à noter des préludes non mesurés), Elisabeth Jacquet de La Guerre, François Couperin, Louis Marchand, Jean-François Dandrieu, Jean-Philippe Rameau, Pancrace Royer, sans parler même de Haendel, ni des Bach père et fils.

Le prélude, “restauré” par Chopin

Depuis toujours ou presque, le prélude oscille entre invention et notation, soumission à un ordre, un ton, une mesure, respect du texte, contrainte et liberté. Dans le système occidental tempéré, la logique mathématique de Bach tendit en outre à sacrer la prééminence de l’abstrait sur les jeux d’échelles, celle de l’idée sur le médium. Chopin aura été le “restaurateur”, au sens plein du terme, du prélude ancien, selon l’expression judicieuse de Jacques Bonnaure (voir Piano n° 26). Jean-Jacques Eigeldinger a démontré en quoi le cycle de Préludes de l’opus 28 dissimulait en fait une intention spéciale, presque une sorte de manuel d’accord du piano. En effet, Chopin y illustre et magnifie le système du tempérament égal, exaltant là des quintes justes ou des tierces pures. Sa descendance en ce domaine fut féconde.

A Bagatelle, le prélude dans tous ses états

Dans ses Notes sur Chopin (1948), André Gide pose cette question naïve : « J’avoue que je ne comprends pas bien le titre qu’il a plu à Chopin de donner à ces courts morceaux, Préludes. Mais préludes à quoi ? »
L’invitation était par trop tentante… A Bagatelle, les solistes invités du 32e Festival Chopin répondront donc à l’homme de lettres en mettant en regard de préludes de Chopin un corpus d’œuvres signées Bach, Liadov, Scriabine, Rachmaninov, Liszt (Sonate en si mineur), Chostakovitch, Debussy, Vierne, Bee­thoven (Sonate “Au clair de lune”), Schubert (Impromptus D 899, Sonate D 845), Hummel, Schumann (Etudes symphoniques, Davidsbündlertänze), Mozart, Haydn, Franck, Rameau, Ravel, Gershwin, Mantovani. Belle promesse de compagnonnages inédits.

Le 32e Festival Chopin à Paris

Les artistes invités : Valentina Lisitsa le 20 juin, Claire-Marie Leguay le 25, Mûza Rubackyté le 26, Ismaël Margain le 28, Igor Tchetuev (avec Xavier Phillips, violoncelle) le 29, Akiko Ebi le 1er juillet, Lidija et Sanja Bizjak le 5, Jean-Claude Pennetier le 7, Alexander Paley le 9, Andrzej Wiercinski et Krysztof Ksiazek le 11, Kotaro Fukuma le 12, Aimi Kobayashi le 13, Hélène Tysman le 14.

A noter aussi, une journée “Piano à portes ouvertes” (8 jeunes pianistes jouent Chopin) le 21 juin et une conférence de Dominique Jameux, illustrée par Akiko Ebi, “Les Préludes, une expérience stratégique pour Chopin” le 27.

> www.frederic-chopin.com – 01 45 00 22 19


A lire dans PIANO 26, notre dossier L’art du prélude

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