“La Juive” d’Halévy à l’Opéra de Nice

Belle ambition que la programmation de cette œuvre, à la fois monument lyrique et perpétuelle alerte sur les fanatismes religieux. Mais, malgré de bons artistes, cette coproduction avec l’Opéra de Nuremberg nous laisse plus tièdes que glacés d’effroi.

Quand la star devient doublure : on attendait la très prometteuse prise de rôle en Eléazar du ténor français Luca Lombardo. Souffrant pour la première, il est remplacé par l’incontournable Neil Shicoff qui, avec le même chef, vient précisément de faire ses adieux à l’Opéra de Vienne dans ce rôle phare de son répertoire. La bête de scène est toujours là, même invitée au pied levé, la puissance toujours au rendez-vous, mais le chant est assez crépusculaire. A l’inverse, à l’aube de sa jeune et très (trop ?) intense carrière, Cristina Pasaroiu chante sa première Rachel : timbre riche, technique impressionnante, feu d’une voix merveilleusement conduite, engagement scénique, elle est le grand point fort de la représentation. Avec Hélène Le Corre, Eudoxie aux aigus sans peine et à l’agilité sans faille, elles nous offrent un des ensembles les plus réussis dans leur duo du 4e acte. Thomas Paul est en revanche moins convaincant en Léopold, un peu emprunté et se débattant sportivement avec les aigus impossibles de sa sérénade. Le plateau est heureusement complété par la solide prestation de Roberto Scandiuzzi en Brogni, l’impeccable – presque trop beau – phrasé de Jean-Luc Ballestra en Ruggiero, et la bonne performance de Zoltan Nagy en Albery.

La direction de Frédéric Chaslin n’est qu’attention pour ses chanteurs et veille sans relâche à ce que la fosse ne prenne jamais le pas sur la scène, mais l’orchestre semble parfois être en retrait et manquer de caractérisation.

Malgré les qualités de la distribution, le spectacle mis en scène par Gabriele Rech manque de souffle et de force. Simplement disposer la toile de fond de l’Allemagne fascisante des années 1930 et son lot d’exactions antisémites ne suffit pas à créer un discours acéré. La direction d’acteurs gagnerait en nervosité et la scénographie hésite, se disperse et se dilue entre le minimalisme étriqué du parvis de l’église et la profusion "zeffirellienne" de la maison d’Eléazar, entre le dénuement inconsistant d’un palais-cabine d’essayage d’Eudoxie et la sobriété oppressante d’un palais-cachot pour le supplice de Rachel. Histoire tragique certes, mais on n’est en fait jamais vraiment déchiré par les dilemmes intimes insurmontables ni pétrifié par la barbarie des fanatismes de tout poil qui, plus qu’un filigrane, sont l’ossature même de l’œuvre. A cet égard, on attend avec curiosité la proposition d’Olivier Py pour le même opéra, à Lyon en 2016. (17 mai)

 

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