Musique de jeux vidéo : une manne pour compositeurs et interprètes

27/05/2015
Le Star Pop Orchestra – pionnier du genre – interprétait, le 23 avril au Palais des congrès de Paris, la saga “The Legend of Zelda”, la bande originale du jeu vidéo vedette de Nintendo. Retour vers le futur.
La scène est cocasse : de grands gaillards barbus versent des larmes à chaque thème joué ! Nous sommes au Palais des congrès et plus de 3 000 spectateurs ne cachent pas leur émotion à l’évocation musicale en live des étapes de leur jeu vidéo idolâtré : Zelda. Les 90 instrumentistes et choristes du Star Pop Orchestra ne cachent pas leur plaisir à enchaîner les hits de ce jeu trentenaire arrangés pour grande formation par le compositeur adulé Kôji Kondô. D’autant que ces musiciens sont pour la plupart eux-mêmes geeks de la même génération que ceux qui leur accordent une standing ovation à chaque fin de set ! “The Legend of Zelda”, tournée internationale d’une vingtaine de dates, joue à guichets fermés, avec des places de 69 à 119 euros. La musique de jeu vidéo, et surtout celle du retrogaming, la madeleine de Proust de ces éternels adolescents, a le vent en poupe. « Au travail, je n’écoute que ça », avoue Romain, un informaticien tatoué qui en est venu « du coup à écouter… Bee­tho­ven » !
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Depuis plus de dix ans, le marché du jeu vidéo a largement dépassé en France celui du cinéma pour atteindre 4,9 milliards d’euros en 2013 et créer 23 000 emplois. Et la BO d’un jeu se vend aux Etats-Unis trois fois plus cher que celle d’un film. Côté compositeurs, certains Français se sont fait une place planétaire : à l’instar d’Alexandre Desplat pour le grand écran, Pascal Héral a créé la musique du plébiscité Beyond Good and Evil (Ubisoft). Les budgets pour une musique peuvent – selon lui – varier de 1 000 euros pour un petit jeu sur iPhone à 350 000 euros pour des grosses productions réclamant un orchestre.
Le Star Pop Orchestra a créé sa propre identité, « 100 % dédiée à une musique symphonique non classique, populaire au sens noble », définit Christophe Eliot, trompettiste et chef d’orchestre, créateur de l’ensemble en 2007 avec ses collègues du Conservatoire de Paris. « Parce que cela n’existait pas et que nous voulions atteindre un large public ! » Dé­sor­mais, ils enchaînent ciné-concerts, enregistrements et shows jeux vidéo. « Les musiciens sont rémunérés sur la base des tarifs des orchestres privés comme Lamoureux », avoue celui qui rêve de monter un programme mixte avec répertoire… romantique ! Pour qui répugnerait « à y jouer », Pascal Héral rappelle que « du temps de Mozart, les jeux de dés étaient accompagnés avec des formes musicales déjà écrites et, suivant le résultat du lancer, on fabriquait un nouveau menuet ». Prochain concert pour le Star Pop et son chef Eliot le 13 juin – déjà complet – au même Palais des congrès : “Retour vers le futur”. Proust toujours !   

Philippe Le Faure
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