Conservatoire classé, une espèce en voie de disparition ?

11/06/2015
La Fédération des usagers du spectacle enseigné tire la sonnette d’alarme. Selon elle, « alors que la ministre vient d’annoncer sa volonté de réengager l’Etat auprès des conservatoires, le nombre de conservatoires classés va être divisé par quatre à la rentrée prochaine ». Le point avec sa présidente, Fanny Reyre-Ménard.
Rappelons d’abord que le réseau public labellisé comprend 42 conservatoires à rayonnement régional (CRR), 101 conservatoires à rayonnement départemental (CRD) et 323 conservatoires à rayonnement communal ou intercommunal (CRC et CRI). Ce classement a été institué par le décret du 12 octobre 2006 qui a aussi introduit la notion d’établissement classé à la place de celle d’établissement contrôlé, qui prévalait auparavant. Il s’agissait pour chaque établissement, d’une part, d’élargir l’offre d’enseignement aux différentes disciplines du spectacle vivant (musique, danse et art dramatique) ainsi qu’à différentes esthétiques, d’autre part, de hausser la qualité de l’enseignement. Pour faciliter la transition et la mise en conformité des conservatoires avec les critères du classement, les établissements bénéficiant de l’agrément ont tous été automatiquement reclassés dans le nouveau système, avec une période de transition suffisamment longue pour se mettre en conformité avec les exigences du décret.

La fin d’une période de transition

« Or, s’alarme Fanny Reyre-Ménard, la présidente de la Fédération des usagers du spectacle (Fuse), cette période touche à sa fin. Le ministère, après avoir accordé plusieurs délais, a fixé la fin de la période de transition au 12 octobre 2015. Au-delà, seuls les établissements ayant fait confirmer leur classement pourront conserver leur label. En pratique, la date butoir est en août 2015, afin de laisser aux services de l’Etat deux mois pour établir les accusés de réception. »
Oubli, négligence… force est de constater que beaucoup de collectivités n’ont toujours pas déposé de dossier de classement. « Il est probable qu’en octobre, nous n’aurons plus qu’une centaine de conservatoires classés », reprend la présidente de Fuse. Selon elle, l’absence de position claire de l’Etat mettant en avant le réseau des conservatoires comme fer de lance d’une politique nationale d’enseignement artistique, des signaux désordonnés et des rumeurs persistantes sur une possible modification des critères de classement, un corps d’inspection (chargé d’instruire les dossiers) qui se réduit comme peau de chagrin…, tout ceci a probablement contribué à donner l’illusion que le classement provisoire pourrait devenir définitif sans plus d’effort.
A cela s’ajoutent, du côté des collectivités territoriales, les changements d’équipe (deux scrutins municipaux depuis 2006), les interrogations sur le rôle des conservatoires renforcées par les tensions budgétaires, l’agacement face à un Etat ordonnateur et non payeur. La tentation de l’attentisme a été forte pour de nombreux élus, surtout lorsque, pour maintenir le classement provisoire, des investissements étaient nécessaires tant en termes de locaux que d’équipe enseignante. Quant aux professionnels, nombre d’entre eux sont à la fois inquiets et résignés ou s’interrogent sur la pertinence d’une labellisation nationale.

L’importance de la labellisation

Cette labellisation est importante : elle est garante d’un service public de l’enseignement artistique et d’un cadre d’emploi pour les artistes enseignants, elle marque une reconnaissance de l’implication des collectivités territoriales ; enfin, c’est un gage de qualité et de cohérence des cursus pour les usagers.
La fédération Fuse lance un appel : « Nous sommes frappés par le manque d’information et de transparence sur cette question qui est pourtant un enjeu pour les conservatoires, tant pour les professionnels que pour les usagers : faute de labellisation, quelle cohérence dans l’organisation des parcours ? Quelle incitation pour le rayonnement sur le territoire ? Quelle garantie sur la qualification de l’équipe pédagogique ? Où les élèves qui souhaitent intégrer des pôles supérieurs pourront-ils encore passer le DEM prérequis ?
« La ministre vient d’annoncer qu’elle souhaite un réengagement financier de l’Etat auprès des conservatoires [voir LM 464] : et si seules les structures ayant adhéré au cahier des charges proposé par le ministère en bénéficiaient ?
« En tant que représentants des usagers, mais également en tant que citoyens, nous devons interpeller les élus de notre commune ou de notre intercommunalité pour connaître leur projet par rapport au classement du conservatoire. Il y a urgence qu’ils prennent conscience que l’heure n’est plus à l’attente et que “jouer la montre” revient à sortir du réseau d’établissements classés. Cela peut être un choix, mais il faut qu’il soit fait en conscience et en transparence. En raison du délai relativement court, et du nombre d’établissements à classer, le ministère doit impérativement mettre en place un plan d’accompagnement des établissements et de traitement des dossiers de classement.
« Enfin, il s’agit à présent d’alerter les élus participant au Conseil des collectivités territoriales pour le développement culturel (qui réunit sous l’égide du ministère de la Culture les représentants de différents échelons territoriaux) ainsi que les parlementaires, afin que nous ne nous réveillions pas par un frisquet matin de novembre avec un réseau de conservatoires agréés réduit à sa plus simple expression, simplement parce que personne n’y aurait prêté attention. »
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