“Les Mousquetaires au couvent” enthousiasment la salle Favart

Avec sa nouvelle production des Mousquetaires au couvent de Louis Varney, Jérôme Deschamps signe un dernier coup de maître avant de baisser le rideau sur huit saisons passées à la tête de l’Opéra-Comique. Un spectacle troussé avec une légèreté réjouissante !
 
Offenbachienne à souhait, l’opérette de Louis Varney tire les ficelles habituelles du genre avec beaucoup de talent : dépréciation héroï-comique de la condition militaire, les mousquetaires y sont plus enclins à la conquête du cœur qu’à la défense du royaume, parodie coquine de l’Eglise et de ses éminences, Sœur Opportune, confite en dévotion, gardienne outrancière de la morale de ses novices de bonne famille, et l’inénarrable Abbé Bridaine, poltron grotesque dont l’habit est loin de faire le moine. Avec la dose d’amourettes interdites nécessaire et les oppositions de classes sociales : tous les ingrédients sont réunis…
 
Fringué en Gouverneur autoritaire, excentrique et ventru, Jérôme Deschamps s’est offert, avant de quitter la direction de la salle Favart, un dernier tour de piste comme il les aime : mi-Deschiens, mi-comique troupier. Mais il a surtout prouvé une fois de plus sa maîtrise impeccable des rouages de la comédie. Directeur d’acteurs hors pair, il signe une mise en scène délicieusement absurde, truffée ça et là de petites chiquenaudes adressées à ses contemporains, sans lourdeur. Avec Jérôme Deschamps, l’art de la parodie et du surjoué atteint un tel naturel que les ressorts du rire se détendent tout seuls. Maître du détail, il soigne les mimiques, les regards, les attitudes, ces petits riens volés aux “vrais gens de la vraie vie” et qui, poussés un tantinet, surlignent avec une tendresse drolatique tous les petits travers humains qui nous font rire depuis la nuit des temps. On y retrouve avec bonheur les costumes de Vanessa Sannino, pastels acidulés dérivés des “équipements” d’époque, saisissant eux aussi le trait magique de la caricature d’un seul coup d’œil – comme c’était déjà le cas dans Mârouf, savetier du Caire de Rabaud en 2013. 
 
La distribution aussi est un succès, qui rivalise sans pâlir avec la version de référence des Mousquetaires au couvent enregistrée en 1957 avec Gabriel Bacquier en Brissac (et Dieu sait qu’en matière d’opérette, les enregistrements, souvent uniques et mémorables, ont vite fait de faire référence). Il y a d’abord les aînés, à commencer par la magistrale Anne-Catherine Gillet en Simone, paysanne un peu crue mais maligne. Diction impeccable, souplesse vocale et virtuosité, jamais empêchée par ses innombrables chorégraphies. Il y a aussi le génial Franck Leguérinel en Abbé Bridaine, son sens inné de la comédie et son style vocal parfaitement taillé pour le genre. Autour d’eux, une flopée de jeunes chanteurs (dont certains issus de l’Académie de l’Opéra Comique), parmi lesquels Marc Canturri, baryton de beau style en Narcisse de Brissac, ainsi que deux belles découvertes : la soprano Anne-Marine Suire et sa voix claire et tendre dans la superbe romance de Marie au deuxième acte, ainsi que ses duos d’amour avec le Gontran du ténor Sébastien Guèze (qui, à cette occasion, fait enfin ses débuts parisiens), mais surtout la maturité vocale et la présence scénique inégalée de l’espiègle mezzo-soprano Antoinette Dennefeld, irrésistible dans l’air de la “curieuse” impénitente de Louise de Pontcourlay. 
 
Il ne manquait plus au tableau que le travail impeccable de Laurent Campellone, baguette vive et rafraîchissante, aussi attentive à son plateau vocal qu’aux musiciens de la fosse, permettant aux Cris de Paris et à l’Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon de donner le meilleur d’eux-mêmes. Voilà encore un spectacle qui fait espérer l’ouverture d’un théâtre d’opérette à Paris. Un jour, peut-être… (17 juin)
 
 
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