De lumineuses pages françaises à Auvers-sur-Oise

Suzanne Gervais 02/07/2015
La 35e édition du Festival d’Auvers-sur-Oise accueillait, dans l’église immortalisée par Van Gogh, Renaud Capuçon et ses cadets Edgar Moreau, violoncelle, et David Kadouch, piano, dans un très beau programme de musique française.
La Sonate pour violoncelle et piano de Debussy ouvre le programme. Avec une sonorité de velours, violoncelle et piano entament le noble Prologue, empreint d’un parfum de légende avec sa succession d’arpèges colorés évoquant le geste d’un barde des temps lointains. Edgar Moreau met en valeur les nombreux mélismes de la partition, témoignage du tropisme asiatique de Debussy. La Sérénade qui suit n’a rien de galant ni de langoureux. Quelle ironie ! Les pizz et glissendos outrés du violoncelle, interprétés avec bonhommie, répondent à la rythmique jazzy du piano… On pense à Gershwin. Le Finale file à toute allure, l’archet claque : une cavalcade virtuose qui clôt un moment d’entente parfaite entre les deux musiciens. Chez Ravel, dans la Sonate pour violon et piano, la musique flirte encore avec le jazz. Renaud Capuçon s’empare de Blues avec une élégance non dénuée d’humour. La blue note est nonchalante, étirée, provocatrice. Ses pizz ont la sonorité râpeuse du banjo. Sous l’archet, le son est éblouissant de clarté. La délicatesse du jeu, tant au violon qu’au piano, sied à merveille à la mélodie ravélienne.

Ouvrant la seconde partie, le Trio de Jean-Charles Gandrille, compositeur à l’honneur de cette édition (il est aussi organiste titulaire de l’église d’Auvers), plonge dans une toute autre ambiance. Un sombre dialogue s’élève entre le piano et les deux instruments à cordes, unis à l’octave dans mélodie lente, aux valeurs étirées, très poignante. L’écriture est minimaliste, mais les musiciens portent à leur paroxysme les ressorts dramatiques de la pièce : crescendos, effets de pédale au piano, sons filés, graves abyssaux et aigus glacés. Le redoutable Trio n°2 de Saint-Saëns, que très peu de formations françaises osent affronter, marque l’apogée du concert. L’engagement des musiciens est admirable tout au long des cinq mouvements, intenses et virtuoses. Au fil de ces pages très romantiques, le lyrisme ne perd jamais en intensité. Le magnifique thème du premier mouvement est soutenu par les salves de doubles croches du piano. La cohésion des deux jeunes musiciens aux côtés de leur aîné est admirable. (30 juin)

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