Rendez-vous polyphoniques à Vézelay

Suzanne Gervais 24/08/2015
Le répertoire choral contemporain était à l’honneur lors du dernier week-end des 16es Rencontres musicales de Vézelay avec le concert d’Arsys Bourgogne, dirigé par son nouveau chef Mihaly Zeke, et celui de l’ensemble Aedes de Mathieu Romano, associé au chœur de la Radio Lettone.

Arsys Bourgogne témoignait de ses premiers mois de travail avec Mihaly Zeke dans un programme éclectique croisant les 18e et 20e siècles. Peu claires, les premières mesures du Dixit Dominus de Haendel tâtonnent. Puis, le subtil jeu d’architectures - très théâtral - se met en place: les choristes sont tour à tour solistes - avec de beaux timbres parmi les voix de femmes - et le chœur dialogue avec le consort d’instruments. Le choral Singet dem Herrn ein neues Lied de Bach, à la fin du concert, convaincra bien plus ! La formation est toute à son aise dans le répertoire contemporain, notamment les mystérieux (et redoutables) Rechants de Messiaen, qui associent une poésie ésotérique, héritée de Mallarmé, à des rythmiques indiennes. Les cellules musicales sont répétées, imbriquées, décousues... avec une expressivité et une précision remarquables. Le travail mené sur la diction et la rythmique est à saluer. Arsys continue de briller dans la polyphonie minimaliste et ciselée du « Gloria » extrait des Tre Canti Sacri III de Giacinto Scelsi (1958), pour huit chanteurs, à mi chemin entre tradition grégorienne et inspiration extrême orientale.

Le soir, le chœur Aedes s’associait au chœur de la Radio lettone dirigé par Sigvards Klava. L’Aeternam de Bernat Vivancos commence par un long unisson dans lequel se déploie, tout en retenu, le nuancier moiré des choristes lettons. La pièce ne va jamais au-delà des nuances medium, et les pianissimi conduits par le chef sont aussi délicats que le timbre est rond et plein. Aedes donne une autre démonstration réussie de polyphonie avec le Lux Aeterna planant de Ligeti, qui débute également à l’unisson. Mais le grand moment de la soirée fut la somptueuse Messe pour double chœur de Frank Martin, dirigée de main de maître par Mathieu Romano. La rencontre est un succès: on a peine à croire qu’il s’agit de deux chœurs distincts. Après les tendres mélismes du Kyrie, l’ombre de Bach plane sur l’énergique Gloria. La richesse harmonique de la pièce est saisissante et, si l’écriture demeure classique, on peut mesurer la difficulté d’exécution pour les chanteurs: un langage harmonique audacieux, des graves abyssaux, des aigus redoutables. Tout au long de cette œuvre de contrastes, les deux chœurs se répondent avec homogénéité, dans la tradition baroque de la polychoralité. La cantate Figure humaine de Poulenc conclut le programme. Si les paroles ne sont pas toujours parfaitement intelligibles, la force du poème « Liberté » d’Eluard, à la fin de la pièce, monte et éclate sous la vaste nef de la basilique, au fur et à mesure de ses 21 quatrains, avec une ferveur ahurissante, jusqu’au cri final (un contre-mi fortissimo). L’ovation est méritée. (22 août)

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