La Chaise-Dieu 2015 : de Bach à Beethoven

Deux lignes de force sous-tendent la 49e édition du festival de La Chaise-Dieu : l’année 1685, celle de la naissance de Jean-Sébastien Bach, et le génie de Beethoven. Deux axes symboliques autour desquels le programme 2015 s’est constitué avec beaucoup d’intelligence. 

Ainsi du concert du violoniste Nemanja Radulovic avec l’Orchestre national de Lorraine et son directeur musical Jacques Mercier où étaient associés le 2e Concerto pour violon de Prokofiev et la 2e Symphonie de Beethoven. Deux œuvres qui, bien que très différentes, ont en commun cette énergie ardente et ce talent à faire feu du folklore de l’époque et du pays de leur compositeur. Un syncrétisme savant-populaire que Nemanja Radulovic sait doser mieux que quiconque, forçant un tantinet sur la “couleur locale” sans jamais la caricaturer pour autant. 
Côté Bach, on aura eu l’un des fils, Carl Philipp Emanuel, dont l’Insula Orchestra et le chœur Accentus de Laurence Equilbey ont donné le Magnificat, intelligemment couplé avec le Miserere de Zelenka et les Vêpres solennelles d’un confesseur de Mozart. Un concert qui aura pourtant laissé perplexe : ayant commencé sous les meilleurs augures avec Zelenka, il s’est achevé sur un Magnificat un peu somnolent. 
Le Miserere de Zelenka est un chef-d’œuvre indiscutable et Laurence Equilbey a parfaitement senti la dose de théâtralité qui déplace cette œuvre de déploration vers le grand spectacle. Dès les premières mesures, scandées par un implacable rythme pointé, le tuilage des cordes, puis des bois, suivi enfin par les voix, menées à coups de sabre par Laurence Equilbey, produit immédiatement son effet. Il faut dire qu’elle a du vif-argent dans les veines, tirant de son orchestre des contrastes étourdissants, entre lyrisme et sécheresse arc-boutée, à telle enseigne que la musique était parfois pulsée par le tic-tac des archets fracassés contre les cordes ! Belle performance du chœur Accentus également, malgré de petites tensions passagères dans les aigus. Même poétique du contraste dans les Vêpres de Mozart, mais passés le saisissement et la stupéfaction du début s’est installée progressivement comme une fatigue, le Magnificat de CPE Bach s’étant achevé sur une fugue essoufflée, déroulant les entrées du Sicut erat avec monotonie là où l’on attendait le feu d’artifice final. Si les solistes féminines (la soprano Judith van Wanroij et l’alto Renata Pokupic) étaient un peu en retrait, les hommes ont en revanche triomphé de la partition : le ténor Reinoud van Mechelen par sa souplesse et son élégance habituelles, la basse Andreas Wolf par une présence et une clarté inébranlable, à la limite d’être trop parfaite. On retiendra donc surtout Zelenka, compositeur désormais chevillé à la Chaise-Dieu depuis une dizaine d’années, que l’on espère bien retrouver en août 2016 pour les 50 ans du festival. (26 août)

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