A Marseille, c’est deux Manon, sinon rien !

Dans un doublé aussi riant et qu’émouvant, l’Opéra de Marseille reprend sa production de 2008 de Manon et présente Le Portrait de Manon, de Massenet également, écho doux-amer en un acte tissant sur les souffrances d’un Des Grieux à la jeunesse enfuie.

Manon Ne boudons pas notre plaisir face à l’efficacité de la production mise en scène par Renée Auphan et Yves Coudray. D’une fidélité revendiquée et scrupuleuse au livret et à son époque, cette Manon n’est pas qu’un beau Watteau. Le soin et l’élégance de l’image, le réalisme et la richesse des costumes ne font pas ici écran mais sont au contraire l’écrin d’un théâtre acéré, tour à tour drôle ou bouleversant, de cette fatale éducation sociale et sentimentale. Les clés en sont la clarté et la constance du parti pris et une direction d’acteurs millimétrée, une vraie chorégraphie des émois, du cynisme et des tourments.
Au service de ce théâtre, un plateau de véritables acteurs d’une homogène et réjouissante qualité. Ce sont Rodolphe Briant en Morfontaine et Christophe Gay en Brétigny, truculents et abominables; leurs pétulantes et extravagantes “trois dames”, Jennifer Michel en Poussette, Antoinette Dennefeld en Javotte et Jeanne-Marie Lévy en Rosette; le Comte de Nicolas Cavallier à l’autorité justement un peu raide et le turbulent Lescaut d’Etienne Dupuis, baryton à la richesse de timbre de rêve. Et si l’on a eu les yeux embués plus d’une fois, c’est bien sûr grâce à l’intensité de l’engagement conjoint de Patrizia Ciofi dans le rôle-titre et de Sébastien Guèze en Des Grieux, quoique leurs voix, respectivement ombrée et plutôt ouverte, ne soient pas très heureusement assorties. Aussi vaillant qu’attachant, lui, donne malheureusement parfois le sentiment d’être en surrégime et de malmener sa voix. Elle, explorant toutes la facettes du personnage et sans jamais faiblir dans ce rôle écrasant, est vocalement plus convaincante dans la Manon femme exaltée et déchirée qu’en jeune fille en fleur.
La qualité de la mise en place des ensembles laisse deviner l’excellent travail de préparation d’Alexander Joel qui dirige avec un bras magnifique qui phrase, ponctue, suggère et amène l’orchestre à des intonations délicates et un modelé malheureusement inconstants. 
Le Portrait de Manon Est-ce le fait d’une préparation moindre ou de la direction moins heureuse de Victorien Vanoosten, l’orchestre était un cran en dessous dans cette œuvre où l’on retrouve de nombreux thèmes et motifs orchestraux de Manon.
Lointain épilogue créé dix ans après Manon, c’est un bref conte amoureux tendre et tristement moqueur écrit sur des vers en rimes et comme une sorte de conversation en musique : Des Grieux reclus dans sa douleur passée et sa détestation de l’amour défend à Jean, son jeune protégé, de tomber amoureux d’Aurore, la protégée de son ami Tiberge ; ce dernier, se jouant des sentiments de l’inconsolable chevalier, obtiendra finalement sa bénédiction enthousiaste pour cette union en faisant passer Aurore pour une prétendue nièce de Manon. Prolongeant le geste de Massenet, la très sobre mise en scène d’Yves Coudray, ici en solo, joue sur l’effet de réminiscence ou de correspondance en reprenant le décor du deuxième acte de Manon pour situer l’action dans l’appartement même qui avait abrité les amours de Des Grieux et de Manon. Un jeu d’acteurs bien réglé fait judicieusement et suffisamment le reste pour donner vie à cette courte histoire sans la boursoufler. 
A l’exception de Marc Scoffoni qui, malgré une voix bien projetée, campe assez maladroitement le vieux Des Grieux, on retrouve ici une partie de la distribution de Manon. Rodolphe Brillant compose un Tiberge tout en bonhommie bienveillante quoique vocalement bien effacé si on le compare à son Guillot. Les tourtereaux sont Antoinette Dennefeld dans le rôle travesti de Jean et Jennifer Michel en Aurore, impayables dans leur numéro d’innocence contrariée, mais les voix qui seyaient bien aux péronnelles de Manon ne sont pas ici vraiment celles de l’emploi. Il n’empêche qu’on se laisse assez volontiers prendre à ce jeu de l’amour qui ne doit rien au hasard. Dommage que le public ait été plutôt clairsemé pour cette représentation unique et efficace dont on est sorti avec le sourire. (3 et 4 octobre)

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