Pénélope de Fauré, à Strasbourg

Comme Pénélope, nous attendions. Après la radieuse version de concert du théâtre des Champs-Elysées en 2013, nous attendions avec impatience cette production scénique de l’unique opéra de Fauré pour retrouver Anna Caterina Antonacci dans le rôle-titre. Malgré la qualité des talents réunis, on se languit encore.

On saura gré à Patrick Davin et son Orchestre symphonique de Mulhouse d’avoir assuré la meilleure part de la soirée avec un beau travail de nuances, couleurs et climats chambristes dans cette partition changeante, ondoyante, jamais véritablement installée. Davin tisse cette musique vivement et souplement, le son est clair, retenu, peut-être trop par moments, avec une attention manifeste à l’équilibre entre la fosse et le plateau.
Sur scène en revanche, le climat uniformément sombre et délétère nous laisse sans émotion après deux heures de spectacle sans entracte. Avec un dispositif scénique unique, complexe et changeant palais circulaire tournant sur lui-même, Olivier Py et Pierre-André Weitz donnent à voir avec talent le culte obsédant de l’absent, l’attente obstinée et le ressassement forcené. Las, trop univoques, cette scénographie et ce choix dramaturgique se font envahissants et virent au procédé artificiel dans lequel toute l’œuvre a du mal à rentrer. Car le livret et la musique de Pénélope sont aussi un chant d’amour ardent, de vibrante espérance et de joie lumineuse qu’on peine à percevoir, totalement étouffé et escamoté par la mise en scène.
Chez les chanteurs, des performances mitigées contribuent à cette impression d’un spectacle en demi-teintes. Anna Caterina Antonacci, dans une méforme manifeste (elle avait d’ailleurs annulé la générale), semble se débattre avec sa voix que l’on sait pourtant être idéalement noble et rayonnante pour ce rôle. Marc Laho commence par composer un Ulysse souple et touchant mais est ensuite gêné dans la partie plus héroïque du rôle. Malgré tout son art, Jean-Philippe Lafont ne parvient pas à compenser une voix trop fatiguée pour l’extraordinaire élégie du fidèle Eumée au deuxième acte, et l’on regrette que la nourrice Euryclée d’Elodie Méchain manque de projection. Chez les Prétendants, on remarque la fâcheuse tendance à nasaliser de Martial Defontaine en Antinoüs et le mordant de circonstance pour l’Eurymaque d’Edwin Crossley-Mercer qui pousse néanmoins sa voix de façon inutilement démonstrative. La distribution des Servantes et Prétendants fait par ailleurs la part belle aux jeunes voix de l’Opéra Studio. On veut croire qu’ayant eu raison des microbes de saison, ce plateau gagnera en éclat pour les représentations à suivre. (23 octobre)

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