Messes et Te Deum : dans l’empire des Habsbourg

Alain Pâris 04/11/2015
Plusieurs pages de Zelenka et de Michael Haydn ont fait l’objet de récentes éditions Urtext. Alain Pâris nous les présente, avant d’aborder, dans le prochain numéro, des messes de requiem.
Jan Dismas Zelenka était plus qu’un simple contemporain de Jean-Sébastien Bach. Il occupait à la cour de Dresde des fonctions analogues à celles de Bach à Saint-Thomas de Leipzig. Après y avoir été employé comme contrebassiste, il en devint directeur de la musique d’église. Zelenka était de religion catholique. Les quelque cent cinquante œuvres de musique sacrée, dont une vingtaine de messes, qui nous sont parvenues font bonne figure face aux cantates et Passions composées par Bach à Leipzig. Celui-ci ne fit-il pas copier une des messes de Zelenka par Wilhelm Friedemann ?
Signe de respect et de considération. Mais il aura fallu attendre la fin du 20e siècle pour que la musique du compositeur bohémien bénéficie d’un travail éditorial approfondi. Surtout à la fin de sa vie, Zelenka fait preuve d’audace harmonique (la page du baroque commence à se tourner), mais toujours avec une instrumentation réduite (il utilise rarement les cuivres dans ses messes) et dans de vastes dimensions. La Missa Omnium Sanctorum dont Breitkopf publie une édition piano-chant est la dernière d’un cycle de six messes projetées par Zelenka intitulées “Missae ultimae” ; trois seulement nous sont parvenues. C’est une messe complète, avec Credo, dont la durée dépasse une heure. Pourtant, aucune monotonie, aucune redite, tant l’imagination mélodique du compositeur est développée. Il tire même d’un effectif instrumental réduit des effets saisissants. Elle avait été éditée par Paul Horn dans le volume 101 de la série Erbe deutscher Musik, aujourd’hui épuisé. La réduction de Matthias Grünet s’appuie strictement sur cet Urtext.
A noter que la partition d’orchestre de la deuxième des trois “Missae ultimae”, la Missa Dei Filii, est à nouveau disponible chez Breitkopf ; j’en avais présenté l’Urtext piano-chant (LM 460).

Les couleurs sont tout autres dans le Te Deum, ZWV 146, du même Zelenka publié par Carus, la distribution instrumentale réclamant trompettes (4) et timbales ainsi que deux parties de flûte traversière d’une écriture délicate. Zelenka a composé deux Te Deum. Il s’agit du second, antérieur d’une dizaine d’années à la messe ci-dessus. La richesse de la nomenclature (cinq solistes, double chœur à quatre voix) et le côté solennel laissent à penser qu’il s’agit d’une œuvre de circonstance, probablement écrite pour la naissance de la princesse électrice Maria Josepha. A noter le texte très intéressant de l’éditeur, Thomas Kohlhase, sur les conditions d’exécution à l’époque de Zelenka.

Une génération plus tard (1758), la Missa Sanctorum Cyrilli et Methodii du jeune Michael Haydn confirme le changement d’époque : les numéros isolés tendent à disparaître (Kyrie d’une seule traite, enchaînements rapides dans le Gloria aux vastes dimensions), les cuivres jouent un rôle essentiel (4 trompettes soutenues par les timbales, 3 trombones soutenant le chœur), et si certains solos de violon rappellent les obbligatos baroques, nous sommes plus proches des airs de concert de Mozart où les solos instrumentaux tiennent davantage du dialogue. A noter aussi l’originalité des proportions entre les divers numéros : extrême brièveté du Sanctus, longueur inhabituelle du Kyrie, et surtout le fait que le Gloria se voit accorder plus d’ampleur que le Credo. Cette messe, éditée par Armin Kircher chez Carus, n’avait jamais été publiée auparavant.
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