Concours d’Orléans : Françoise Thinat tourne la page

Suzanne Gervais 04/11/2015
Double actualité pour Françoise Thinat qui se retire du concours qu’elle a fondé en 1989, tandis que le label Solstice réédite, dans un double CD, son interprétation des sonates de Dukas et de Barraqué.
Quel regard portez-vous sur l’évolution du concours ?
Mon idéal était de répandre le plus possible la musique pour piano du 20e siècle, car, à l’époque, ce répertoire immense était très peu joué ! Aux concours, c’était Mozart, Chopin… peut-être une pièce de Ravel de temps en temps mais pas davantage. Je voulais faire connaître un répertoire qui n’était pas joué. Aujourd’hui, cela a bien changé : Schoenberg et Boulez sont devenus des classiques et l’on joue les Etudes de Ligeti presque autant que celles de Chopin…
L’idée est que les jeunes gens s’approprient la musique de leur époque et créent un lien entre le répertoire de 1900 et celui de nos jours. La qualité a été présente dès la première édition du concours, une chance !
Quels souhaits avez-vous pour l’avenir du concours ?
Ce n’est pas seulement un concours, c’est presque un festival, un forum de rencontre. Le public répond présent, c’est vivant et l’on s’amuse beaucoup ! Je souhaite que cela continue et j’ai confiance en Isabella Vasilotta, qui me succède. Elle apporte sa jeunesse et son enthousiasme. Je sais qu’elle va préserver cette atmosphère d’émulation et d’empathie avec les candidats. Chez nous, le musicien est roi ! J’ai été douchée tant de fois par l’ambiance qui régnait dans les concours… Et n’oublions pas qu’un candidat est potentiellement un futur juré. Les pianistes qui se présentent à Orléans ont du métier, un réel appétit et un esprit de recherche. Les programmes que nous proposons sont très ouverts, avec de nombreux compositeurs, de sorte que chaque pianiste peut y trouver ce qu’il cherche.
Un mot de votre CD chez Solstice ?

C’est une idée qui revient à Yvette Carbou, directrice du label Solstice. Elle a tout mis en œuvre avec une remarquable énergie ! Elle me rappelle, par son engagement envers les musiciens, Ariane Ségal, ma marraine au disque et fondatrice du label Arion. Ce disque est une transmission. J’ai connu Jean Barraqué et j’ai travaillé avec des gens qui ont rencontré Dukas. Ces deux compositeurs sont liés par leur amour pour Debussy et la modernité qu’ils ont apportés à la forme sonate. J’ai eu la chance de monter la sonate de Jean Barraqué avec lui : une expérience très précieuse, que je voulais partager. Pendant quelques mois, nous avons travaillé ensemble, tous les jours. Il était réputé pour être très difficile mais le courant entre nous est passé. C’est ce lien que j’ai voulu recréer avec le concours d’Orléans : que les pianistes aient des contacts avec des compositeurs ! Ce n’est pas facile, mais c’est essentiel.

Prochaine édition du concours de piano d’Orléans du 18 au 28 février.

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