L’art d’Annick Massis dans Lucia di Lammermoor à Liège

L’Opéra royal de Wallonie propose une nouvelle production de Lucia di Lammermoor de Donizetti, joliment folklorique, modérément psychologique, mais éminemment lyrique.

Avec Annick Massis, on est un peu au sommet d’un Ben Nevis du chant. Alors qu’elle a une centaine de Lucia à son actif depuis sa prise de rôle en 1997, elle donne une nouvelle fois une magistrale leçon de style et une admirable démonstration de santé vocale. Si quelques détails révèlent une voix mûre, elle ne perd néanmoins rien en clarté, en souplesse confondante, en aigus à loisir évanescents ou éclatants. Sa Lucia serait parfaite si, mieux servie par la mise en scène, elle était plus résolument habitée et hallucinée. Face à elle, surtout des représentants de la jeune garde, à commencer par Celso Albelo, déjà un habitué du rôle d’Edgardo. Le matériau est assurément puissant et magnifique, mais terni par beaucoup de nasalité et un maniérisme d’intonation qui affecte la ligne de chant. A 25 ans, Ivan Thirion en Enrico sans scrupule est le plus jeune mais pas le moins prometteur du plateau. Moins méchant mais pas moins dangereux, le Raimondo de la belle basse nette et ciselée de Roberto Tagliavini aurait pu être un soupçon plus mielleux, en professionnel du retournement de veste.
Composant avec les limites assez raides de l’orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, Jesus Lopez-Cobos dirige en vieux routier – tout sauf blasé – sa propre édition critique de l’œuvre inaugurée en 1976 avec Monserrat Caballé. Le spectateur attentif le voit amoureusement chanter avec les solistes et couver d’un œil confiant le chœur excellent; l’auditeur admiratif réalise la savante autorité du maestro par exemple lors du sextuor du deuxième acte, merveilleusement réglé, sans surenchère tapageuse.
On est en revanche plus circonspect sur la mise en scène réglée par Stefano Mazzonis di Pralafera. La fidélité au lieu et à l’époque du livret, très bien mais après, quel est le propos ? Cette Ecosse de kilts, de filles rousses et de vieilles tours est assez sagement scrupuleuse, mais la scénographie ne révèle pas vraiment de ressorts dramatiques, pas plus que la direction d’acteurs qui réduit souvent les protagonistes à des poses désuètes et convenues. Sous cet éclairage un peu lisse, on peine à distinguer les lignes de tension, les enjeux intimes et sociaux, la fatale confrontation entre le carcan de l’ordre établi et la force émancipatrice de Lucia. Cela n’aura pas affecté l’enthousiasme de la salle qui s’est levée comme un seul homme pour ovationner Annick Massis et ses partenaires. (20 novembre)

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