Beethoven en Urtext : l’édition des concertos est enfin achevée !

Alain Pâris 08/12/2015
Le marathon éditorial beethovénien entrepris par Jonathan Del Mar chez Bärenreiter touche à sa fin avec une nouvelle édition du Concerto “l’Empereur”.
Les Urtext des concertos pour piano de Beethoven étaient déjà nombreux, mais la lecture des sources a beaucoup évolué depuis un demi-siècle. On le sait, l’approche de Jonathan Del Mar n’est pas celle d’un théoricien étranger aux contraintes de l’exécution. Ses éditions sont à la fois scientifiques et pratiques, j’en veux pour exemple les indications orchestrales qu’il ajoute à la partie soliste pour ceux qui voudraient diriger du piano. Qu’on ne s’attende pas à trouver des révélations fantastiques dans cette nouvelle édition : toutes les sources étaient connues depuis longtemps.
Ce qui importe, c’est l’usage qu’en fait l’éditeur ; ainsi, l’insistance renouvelée, volume après volume, sur la différence entre Striche et Punkte, pour reprendre la terminologie allemande, les points étant plus longs que les Striche. Ce qui doit conduire les interprètes à alléger considérablement et à donner aux attaques un côté plus incisif qui va à l’encontre de l’ancienne tradition germanique, encore cultivée parfois outre-Rhin. Autre détail d’importance, la reproduction de la main gauche du piano dans les tutti, presque toujours identique à la basse des cordes. Jonathan Del Mar s’en explique dans son introduction en montrant que selon les concertos, cette main gauche semble destinée à venir renforcer les basses. Enfin, il est hors de question dans cette édition de modifier certaines fins de phrase de la partie soliste sous prétexte que les instruments de l’époque ne disposaient pas des notes appropriées. Jonathan Del Mar apporte la preuve que Beethoven avait connu déjà une évolution notoire de la tessiture des pianos et refusait qu’on adapte ses œuvres anciennes aux évolutions de la facture. Dont acte.

Le Concerto n° 4 en version chambriste

Pour compléter cette édition des concertos pour piano de Beethoven, Bärenreiter propose une version pour piano et quintette à cordes du Concerto n° 4. On en connaissait plusieurs, celle-ci, identifiée dans quatre sources différentes, est instrumentée pour deux violons, deux altos et violoncelle. La partie soliste ne figurant pas dans les sources, Jonathan Del Mar en a déduit que le pianiste utilisait la version précédemment éditée. Cet arrangement correspond aux usages de l’époque pour permettre l’exécution des concertos dans des salons qui n’auraient pas permis d’accueillir un orchestre complet. L’identité de l’arrangeur reste énigmatique ; le nom de Franz Alexander Pössinger a été avancé par Hans-Werner Küthen, lorsqu’il a fait la découverte de cet arrangement au milieu des années 1990, mais ce n’est qu’une supposition basée sur quelques indices. La présence de deux altos (au lieu de deux violoncelles dans la version plus tardive de Lachner) met en valeur les parties internes, toujours essentielles chez Beethoven.
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