Une Damnation de Faust à écouter les yeux fermés, à l’Opéra Bastille

Michèle Worms 14/12/2015
Moment attendu de la saison de Stéphane Lissner, l’œuvre de Berlioz était donnée dans une mise en scène qui n’est pas passée inaperçue mais bénéficiait d’une distribution hors pair.
Comme souvent à l’Opéra, une première représentation peut être très houleuse (ce fut le cas pour ce spectacle qui a fait scandale), mais par la suite, les choses se calment un peu. Lors de la deuxième représentation, les protestations et invectives eurent bien lieu, toutefois elles se calmèrent dans la seconde partie, moins provocante, qui fut très applaudie.
Il faut souligner le malentendu initial. Si le public s’est précipité pour acheter des places, c’est en raison du trio de chanteurs de rêve qui était affiché : Jonas Kaufmann, Sophie Koch, Bryn Terfel ! On se préparait à un immense bonheur, qui fut gâché d’entrée, hélas, par la mise en scène sinistre et surchargée du metteur en scène letton Alvis Hermanis. Plusieurs niveaux de spectacle nous étaient proposés. Au fond, des vidéos (désormais inévitables) : celles qui nous promènent dans l’espace (Faust a émigré sur la planète Mars) sont belles évidemment dans la scène de cabaret, d’autres sont plutôt répugnantes (grouillements ininterrompus d’insectes pendant la Marche hongroise, ou de rats de laboratoires dans la cave d’Auerbach) et surtout trop longues. Au-dessous des vidéos, s’agitent d’excellents danseurs mais le plus souvent inutiles, rejoints en temps voulu par les artistes des chœurs qui entrent et sortent à la queue leu leu. Sur le devant de la scène tournoie un tétraplégique dans son fauteuil d’handicapé : il s’agit bien sûr du physicien Stephen Hawking et de son désir faustien de conquérir l’espace. 
Et enfin, laissés à eux-mêmes, nos trois magnifiques chanteurs ! Sophie Koch et Bryn Terfel (éclatant !) sont imperturbables. En revanche, Jonas Kaufmann semble aussi abattu que son personnage. Il donnera toutefois le plein de sa voix dans la deuxième partie. Celle-ci moins surchargée est une consolation.
On comprendra aisément que l’orchestre et son chef Philippe Jordan passent quelque peu inaperçus dans ces conditions, surtout dans les passages élégiaques !
Une mise en scène est-elle inscrite dans le marbre ?  Quelques aménagements sont-ils possibles dans la première partie ? Trop de spectacle tue le spectacle ! (11 décembre)
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