Bestiaire lyrique

Philippe Thanh 13/01/2016
Au début de la saison, l’apparition du taureau Easy Rider dans les représentation de Moïse et Aaron à l’Opéra Bastille a, avant même les représentations, déclenché un certain émoi, savamment entretenu par des fuites plus ou moins organisées sur le web.
La présence de ce taureau charolais a déclenché – la “viralité” des réseaux sociaux aidant – la stupéfaction de bien des chanteurs qui rêveraient d’un cachet approchant la rémunération du propriétaire de l’animal (40 000 euros pour huit représentations) et les foudres de défenseurs des animaux. Sans parler de maltraitance, il est certain qu’un animal immobilisé par un anneau dans le mufle n’a dû prendre qu’un plaisir modéré à écouter de la musique dodécaphonique.
La présence d’animaux sur scène n’est pas nouvelle : sans remonter aux défilés d’éléphants dans Aïda aux arènes de Vérone au début du siècle dernier, on a pu voir à l’Opéra de Paris en 1959 une Carmen qui réunissait sur scène « une quinzaine de chevaux, deux ânes, des mules, un chien, un singe et des perroquets », comme en témoigne Jean-Philippe Saint-Geours dans l’excellent livre qu’il consacre, avec Christophe Tardieu, au palais Garnier (voir p. 35).
La bonne question est : au nom de quel réalisme veut-on introduire des animaux vivants dans un spectacle qui est par nature l’art de la plus grande artificialité, qui n’existe que par ses conventions, dont la moindre n’est pas que les personnages s’expriment en chantant ? Lors d’une représentation d’Attila de Verdi aux arènes de Nîmes, la soprano – irlandaise donc cavalière – arrivait au grand galop avant de sauter à terre et de chanter son air. Puis s’avançait le roi des Huns, au pas précautionneux d’un cheval de trait solidement tenu en main par deux figurants avant de descendre pesamment de sa monture. Et l’on parle de réalisme ?
D’autant qu’avec les animaux, l’incertitude quant au résultat est permanente : qu’un cheval se soulage au milieu d’une scène poignante, ou qu’un chien lève la patte contre un bout de décor, et l’effet dramatique en prend un coup ! En cas de lâcher de colombes, censées être récupérées dans la cage de scène, il y en aura forcément une qui ira se percher dans les hauteurs de la salle, détournant l’attention de centaines de spectateurs, amusés… ou inquiets pour leurs vêtements.
Cela fonctionne infiniment mieux avec les animaux familiers de l’homme – chiens essentiellement – qui peuvent prendre une part active au spectacle et même avec plaisir quand leur maître est avec eux. Ainsi, lorsque la mise en scène d’un spectacle permet au baryton Luca Pisaroni d’avoir sur scène l’un de ses chiens avec lui (les célèbres Lenny et Tristan qui ont leur propre page Facebook, suivie par plus de 3500 fans), il ne s’en prive pas et personne ne doute du bonheur de l’animal à être ainsi avec son maître.
A tous ses lecteurs, qu’ils vivent ou non en compagnie d’animaux, La Lettre du Musicien souhaite une belle et heureuse année !
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