Préservons l’excellence

« On a la meilleure école de violoncelle du monde, la meilleure école d’instruments à vent… Regardez dans les plus grands orchestres en Europe, tous les premiers postes sont occupés par des Français. Et malgré tout, on se flagelle. C’est incroyable que les politiques ne se rendent pas compte que c’est l’avenir. » C’est ce qu’a déclaré récemment René Martin, le fondateur de La Folle Journée de Nantes (Le Courrier de l’Ouest, 31 janvier). Comment ne pas partager son agacement ?

Des noms de solistes viennent aussitôt à l’esprit à l’appui de ce propos : les violoncellistes Bruno Delepelaire à Berlin et Léonard Frey-Malbach à Leipzig ; les flûtistes Mathieu Dufour à Berlin, Juliette Hurel et Adriana Ferreira à Rotterdam ; les hautboïstes Olivier Stankiewicz à Londres, Alexei Ogrintchouk (né en Russie mais formé au Conservatoire de Paris) à Amsterdam ; les clarinettistes Olivier Patey à Amsterdam lui aussi, et Bruno Bonansea à Rotterdam ; la bassoniste Sophie Dartigalongue à Vienne ; le corniste Félix Dervaux à Amsterdam…
Ce qui vaut pour les instrumentistes vaut aussi pour les chefs. Ils sont nombreux à mener de brillantes carrières à l’étranger (Lionel Bringuier, Stéphane Denève et tant d’autres). On peut certes déplorer que si peu de grands orchestres chez nous soient confiés à des chefs français, mais à l’heure des échanges internationaux, on doit aussi se réjouir que les baguettes françaises soient reconnues hors de nos frontières.
Les chanteurs sont probablement plus mal lotis ; même si certains d’entre eux sont fêtés partout dans le monde, ils y sont confrontés à des quotas qui ne disent pas leur nom quand, chez nous, ils doivent affronter une concurrence tous azimuts qui conduit à voir, dans un théâtre de l’Hexagone, un ouvrage aussi emblématique que Faust de Gounod donné sans aucun chanteur français.
Mais pour former tous ces musiciens qui vont porter partout dans le monde l’excellence française, encore faut-il que les conservatoires continuent de les former et ne se préoccupent pas seulement des amateurs. Certes, nous n’en sommes pas encore là, mais le danger guette. Dans certains établissements, on a vu de grands professeurs priés de partir sitôt atteinte la limite d’âge, alors que la loi aurait permis de les prolonger. Avec quel argument ? « Place aux jeunes ! » Comme si dans le domaine de la transmission du savoir, l’expérience du concert ou de la scène, toute une carrière derrière soi, n’étaient rien face à ce suprême « Place aux jeunes ! »
Sur un autre front, voici que la ville de Paris envisage très sérieusement la suppression des cours individuels dans ses centres d’animation (voir Conservatoires). Apprendre le piano ou la flûte en cours collectif… Comme le dit fort justement François Frémeau, fondateur de l’Association nationale des enseignants des disciplines artistiques, cette décision n’est soutenue par aucun argument pédagogique : « La pratique collective est importante mais elle ne doit pas remplacer le cours individuel, indispensable à un apprentissage sérieux. C’est écrit dans tous les bons manuels de pédagogie. »
A force d’anti-élitisme à tous crins, on va finir par détruire un système d’enseignement qui donne au monde des musiciens d’exception. Nos gouvernants y songent-ils seulement ?

Read in english

Vous avez aimé cet article ?
N’hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux.

Vous souhaitez déposer un commentaire ? Utilisez le champs ci-dessous (attention, pour laisser un commentaire, vous devez préalablement vous identifier ou vous inscrire).

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit,, sinon Inscrivez-vous