Brahms, avec orchestre ou chambriste

Alain Pâris 02/03/2016
De récentes parutions en Urtext permettent de parcourir l’essentiel de la vie créatrice de Brahms, de la Sérénade n° 1, composée en 1857, aux sonates de l’opus 120 qui datent de 1894.

Avec orchestre

Le Chant du destin (Schicksalslied, op. 54) est probablement l’une des œuvres les plus étranges de Brahms qui traduit des convictions optimistes sur un texte de Hölderlin qui l’est moins. La ponctuation initiale des timbales reprend le rythme de la Symphonie n° 5 de Beethoven et s’efface lorsque le chœur décrit un monde insouciant et paisible. Mais comment contourner la vision dramatique de la destinée humaine telle que le poète la met en scène : prodigieuse astuce de Brahms qui termine sur un volet purement orchestral, reprise transposée de l’introduction, mais sans la ponctuation des timbales. Deux éditions récentes permettent d’en découvrir tous les trésors : un nouvel Urtext du piano-chant chez Breitkopf (réduction pianistique de Hermann Levi revue et enrichie par Brahms lui-même) et un Urtext complet dû à Rainer Boss chez Carus, avec un avant-propos trilingue particulièrement riche.

La Sérénade pour orchestre n° 1 n’est pas l’œuvre pour orchestre la plus réussie de Brahms. Loin d’éviter son penchant pour les longueurs, qu’il sait encore mal maîtriser, le discours s’embourbe souvent mais on trouve déjà tout l’attirail qui fera l’originalité des symphonies. Breitkopf publie isolément la partition qui figurait dans la nouvelle édition Henle des œuvres de Brahms, volume réalisé par Robert Pascall en 2006. Outre le fait qu’il s’agit d’un Urtext basé sur la propre édition de travail de Brahms (avec ses corrections jusqu’alors inédites), on apprécie la différence de présentation par rapport à l’ancienne partition que proposait jusqu’alors le même éditeur : deux fois plus de pages, mais quel confort de lecture !
La partition d’orchestre et le matériel du Double Concerto pour violon et violoncelle étaient parus il y a une douzaine d’années dans le cadre de l’édition complète des œuvres de Brahms entreprise conjointement par Henle et Breitkopf. Henle reprend ce travail éditorial en publiant la réduction pour piano avec des parties solistes enrichies de certains doigtés et coups d’archets des créateurs (Joachim et Hausmann) : de tels éléments sont à présent considérés comme des compléments indispensables à l’Urtext. Comme à son habitude, Henle propose dans le même volume deux cahiers pour les parties solistes, l’Urtext et une version préparée pour l’exécution par des solistes de renom, ici Frank Peter Zimmermann et Heinrich Schiff.

Musique de chambre

Brahms n’annotait pas toujours ses propres partitions. Pour les Variations et fugue sur un thème de Haendel pour piano, son exemplaire personnel de la première édition n’est d’aucune utilité et Christian Köhn, dans sa nouvelle édition publiée chez Bärenreiter, n’a pu lever certains doutes que grâce au manuscrit (souvent très éloigné de la première édition) et à l’exemplaire corrigé du graveur. Intéressante approche des doigtés, sujet sur lequel Brahms se penchait volontiers par endroits.
Chez Henle, les deux versions pour piano à deux mains (simplifiée et standard) des Valses op. 39, paraissent en volumes séparés. Elles figuraient dans le volume 6 (série III) de l’édition intégrale publié en 2011.
Cette approche éditoriale qui fait appel à des musicologues-­interprètes se retrouve dans la publication, chez Bärenreiter, des sonates pour un instrument et piano de Brahms : violon (y compris la trop rare version pour violon des deux sonates pour clarinette ainsi que le Scherzo FAE), alto, violoncelle, clarinette. Autant d’œuvres qui sont devenues des éléments fondamentaux de la musique de chambre. Le violoniste Clive Brown, la violoncelliste Kate Bennett Wadsworth et le pianiste Neal Peres Da Costa ont apporté leur regard de musicologues et leur expérience d’instrumentistes à cette nouvelle réalisation éditoriale. L’ensemble est complété par un volume sur la tradition d’interprétation héritée des contemporains de Brahms telle qu’on peut la connaître au travers de leurs propres éditions de travail et de différents témoignages. On y trouve beaucoup d’explications sur le jeu pianistique de Brahms à propos duquel il existe de nombreux témoignages mais aussi sur ce qui figure entre les portées, notamment en matière d’articulation, de portamento ou de vibrato. Le simple fait de revenir aux coups d’archets de Joachim ou de Hausmann peut changer totalement l’approche .

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