Dans les Yvelines, trois établissements mènent la danse

Alors que les intercommunalités tendent à s’agrandir dans les Yvelines, chacun des trois grands conservatoires du département – Versailles, Saint-Germain-en-Laye et Mantes-en-Yvelines – cherche à rayonner au sein de la collectivité dont il dépend. Revers de la médaille : les liens qui les unissent restent lâches.

Le CRR de Versailles fidèle à son histoire prestigieuse

Le conservatoire à rayonnement régional de Versailles est installé dans l’ancien hôtel du chancelier du roi, dont les ailes les plus anciennes remontent au 17e siècle. Il se situe à deux pas du château, au bord de la place d’armes. Le cadre est raffiné : plafond décoré, cheminées, rideaux de velours… Cette identité bien affirmée a poussé la communauté d’agglomération Versailles Grand Parc, dont le CRR dépend, à rénover le lieu plutôt que de construire un nouveau site pour répondre aux besoins de l’établissement.
Un patrimoine valorisé

Il est notamment prévu que le bâtiment soit accessible aux personnes handicapées. L’acoustique et l’éclairage seront repensés. L’auditorium, qui date des années 1960 et se trouve à l’intérieur des murs, sera lui aussi rénové dans les deux ans à venir. Il sera doté d’un plateau technique et d’un espace de stockage pour les instruments. Le personnel administratif quittera l’aile du 17e siècle où il est installé pour emménager dans une autre, datant du 19e siècle. L’opération libérera de la place pour les professeurs et les élèves et fera de l’aile la plus ancienne un lieu « 100 % » dédié à la musique, selon le directeur, Bernard Soulès.
Ces investissements auront un coût : 7 millions d’euros. Ils s’ajoutent aux investissements importants effectués par le CRR ces quinze dernières années pour proposer la même offre musicale que les autres grands conservatoires français, alors que le CRR de Versailles était dans le passé, notamment dans les années 1970, considéré comme un établissement musical de référence pour les futurs professionnels. Des départements de jazz et de musique ancienne sont ainsi apparus. Ce dernier département a pris un essor particulièrement important puisqu’il compte 20 enseignants. L’histoire prestigieuse de la ville et la proximité avec le Centre de musique baroque de Versailles ont bien sûr facilité ce choix. Certains élèves d’un niveau avancé sont d’ailleurs invités à y jouer à l’occasion.

Une ouverture à l’intercommunalité

Depuis la prise en main du conservatoire par la communauté d’agglomération1 en 2010, le CRR de Versailles a changé de per­spective et d’objectifs. Plutôt que d’être dans l’affirmation de ses atouts face à ses voisins, il travaille désormais de concert avec les structures d’enseignement artistique de l’agglomération, telles que le conservatoire de Viroflay, celui de Rocquencourt, l’école de musique de Buc ou encore celle de Jouy-en-Josas. Cela passe par le partage de projets pédagogiques, artistiques, ou encore la mutualisation du fonds de partitions. Et pour la première fois cette année, la saison artistique du CRR de Versailles ne fait pas l’objet d’une brochure propre : elle a été intégrée dans une plaquette de présentation qui regroupe toutes les initiatives de la communauté d’agglomération.
« Nous raisonnons aujourd’hui en termes d’intercommunalité, estime Bernard Soulès. Même nos fonctions sont en train de changer. Plus aucun directeur d’établissement de la communauté ne se limite à la direction du site où il a été nommé. » Le CRR de Versailles s’apprête du reste à recruter un conseiller aux études qui sera responsable des pratiques collectives au niveau de l’agglomération.
Cette priorité accordée à l’agglomération ne facilite pas les liens avec les CRD de Saint-Germain-en-Laye et Mantes-en-Yvelines, très lâches aujourd’hui. « Nous avions beaucoup travaillé avec eux en 2006 lorsqu’il existait un schéma départemental des enseignements artistiques, précise Bernard Soulès. Mais le schéma a été brusquement abandonné par le département. Cette décision a distendu de manière quasi immédiate les liens. J’en fais le constat attristé. »

Le CRD de Saint-Germain-en-Laye met l’accent sur les pratiques collectives

A l’image du CRR de Versailles, le CRD de Saint-Germain-en-Laye est installé dans un édifice historique, un ancien hôtel du 18e siècle. Et tout comme son voisin, il est peu accessible aux personnes handicapées. Il manque également d’espaces de pratique collective et de diffusion. Il dispose certes d’un auditorium de 60 places, mais sa salle de répétition d’orchestre ne peut guère accueillir plus de trente élèves. La mairie réfléchit actuellement à un projet de rénovation, voire de construction d’un nouveau conservatoire. En attendant, les élèves du CRD se rendent parfois dans la salle Jacques-Tati, un ancien cinéma de la ville, ou dans le théâtre Alexandre-Dumas.

Une offre diversifiée

Tout comme ses deux grands voisins des Yvelines, le CRD de Saint-Germain-en-Laye propose les trois principales spécialités : musique, danse et art dramatique. Il a du reste obtenu en octobre dernier le renouvellement pour sept ans de son label de CRD.
Ces dix dernières années, la direction s’est attachée à diversifier l’offre d’instruments proposés à l’enseignement. Elle a supprimé un poste de piano et un autre de guitare, jusqu’alors surreprésentés, au profit, notamment, des instruments à vent. L’idée était de favoriser les pratiques collectives en incluant tous les instruments d’orchestre. Une classe de basson, indispensable à l’obtention de sons graves dans l’orchestre, a, par exemple, fait son apparition. Désormais, le conservatoire compte deux orchestres à vent et trois à cordes. Le conservatoire a aussi ouvert une classe de guitare jazz et développé des ateliers de jazz.
Preuve de la volonté de la direction de favoriser la musique d’ensemble, la pratique collective est obligatoire dès la fin du premier cycle pour les jeunes élèves qui apprennent un instrument à vent ou à cordes. Le conservatoire peut également s’appuyer sur une maîtrise de qualité, dont est responsable la soprano Sandrine Carpentier. Les élèves y suivent un cursus poussé, calqué sur celui des maîtrises de type Radio France ou des CRR. Cet enseignement a été sanctionné par une deuxième place au Concours international de Ville-d’Avray en 2014.
Le conservatoire a aussi pris l’habitude d’organiser des concerts en dehors de sa ville. Il joue pour les personnes âgées, lors des journées du patrimoine ou encore dans la maison natale de Claude Debussy, située à cinq cents mètres du conservatoire et dotée d’un petit auditorium. Le conservatoire contribue aussi à perpétuer le souvenir de l’une des gloires de la ville puisqu’il porte le nom du compositeur de Pelléas et Mélisande.

Intercommunalité et projets communs

Depuis le 1er janvier 2016, le conservatoire est rattaché à une nouvelle intercommunalité bien plus étendue que par le passé, celle de Saint-Germain Boucles de Seine (330 000 habitants). Ce changement incite le CRD à se rapprocher davantage encore des conservatoires de cette nouvelle collectivité. Il organisera, par exemple, un stage d’orchestre symphonique avec le CRC de Chatou, nouveau venu dans l’intercommunalité, en avril prochain. Le CRD prévoit aussi d’organiser des rencontres d’harmonies avec le conservatoire municipal de Maisons-Laffitte. Les liens avec le CRR de Versailles et le CRD de Mantes sont en revanche peu développés. « L’éloignement géographique et surtout le problème des transports jouent beaucoup, explique Gilles Dulong, directeur du conservatoire de Saint-Germain-en-Laye. Il serait difficile pour les élèves de se rendre dans ces établissements. » Gilles Dulong réfléchit toutefois à un développement de projets communs avec le CRR de Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine. « Il n’est qu’à cinq ou six stations de RER », souligne Gilles Dulong.
Il existe tout de même une Union des conservatoires et écoles de musique des Yvelines, l’Ucem 78, dont les membres mutualisent, entre autres, leurs examens. Ils avaient également monté un Orchestre symphonique des Yvelines réunissant les élèves de ces conservatoires, qui s’est produit pendant une petite dizaine d’années, grâce aux subventions du conseil général. Mais, cette année, le projet a dû être abandonné, faute de subsides.

Le CRD de Mantes-en-Yvelines, un “ambassadeur” du territoire

Le CRD de Mantes-en-Yvelines s’est installé dans un nouveau bâtiment (2) en 2006. Ce qui lui a permis de développer le théâtre et la danse en plus de la musique. Il propose 106 disciplines, de la musique baroque aux musiques actuelles. Le département de cette dernière spécialité est particulièrement important puisqu’il accueille 180 élèves. Le département de musique ancienne s’est lui aussi étoffé depuis l’inauguration du bâtiment. Une classe de viole de gambe et une autre de traverso ont ouvert récemment.

Des atouts locaux

Le nouveau bâtiment a été livré avec un auditorium neuf, équipé d’une scène de 245 mètres carrés et pouvant accueillir 223 spectateurs. Le lieu permet au conservatoire de programmer une saison riche, qu’assurent les élèves, des artistes invités ou les professeurs. « Nous avons toujours mis un point d’honneur à mettre en avant les artistes enseignants, qui sont très nombreux à avoir une activité de musicien, explique Thierry Stiegler, le directeur. Cette dimension est essentielle dans la transmission aux élèves. Il est important pour eux de les voir sur scène. » L’existence d’une régie d’enregistrement permet aussi aux élèves de troisième cycle de se former aux techniques du son.
Chose rare en France, Mantes possède aussi trois orgues, tous inaugurés au printemps 2013. Le conservatoire abrite en particulier un orgue à vocation pédagogique de dix-huit jeux répartis sur trois claviers et pédalier. Une salle spéciale avait été construite pour l’accueillir. Conséquence : la classe d’orgue est passée de 7 à 25 élèves en deux ans. Le conservatoire a également rassemblé en février les professeurs d’orgue de toute la communauté urbaine afin de créer un réseau d’enseignement et de mutualiser les ressources.
L’établissement profite aussi de la proximité des fabricants d’instruments Buffet Crampon et Selmer. Tous deux possèdent en effet une usine à Mantes-la-Ville. Le conservatoire valorise régulièrement les métiers de la facture en organisant des présentations au conservatoire, en partenariat avec les deux entreprises. Les artistes affiliés aux deux fabricants se produisent également dans le conservatoire pour la saison annuelle de l’établissement.

Un rôle social

La première mission du CRD de Mantes-en-Yvelines est, bien entendu, de délivrer un enseignement artistique. Mais l’intercommunalité lui en a aussi confié une autre : lutter contre l’image négative que peut avoir le territoire du Mantois avec ses quartiers difficiles, tel que celui du Val Fourré. « Nous devons être des ambassadeurs du territoire, souligne Thierry Stiegler. C’est la raison pour laquelle nous avons pu bénéficier de moyens importants. » C’est aussi pour cette raison que le conservatoire a d’abord pour mission de rayonner sur ce territoire plutôt que dans les Yvelines dans leur ensemble. A l’occasion, le CRD de Mantes-en-Yvelines partage ainsi ses ressources avec des écoles municipales et des associations locales. « Les élèves de ces établissements peuvent, par exemple, suivre chez nous des cours de pratique collective qui n’existent pas dans leur école », conclut Thierry Stiegler.

La récente fusion, le 1er  janvier dernier, de six intercommunalités, dont celle de Mantes, pourrait toutefois modifier quelque peu la donne. La nouvelle communauté urbaine dont dépend désormais le CRD de Mantes-en-Yvelines regroupe pas moins de 73 communes, qui abritent sept conservatoires labellisés par l’Etat. Le CRD de Mantes aura certainement pour mission de développer des projets pédagogiques avec eux.


1. La communauté d’agglomération est présidée par le maire de Versailles, François de Mazières, connu pour son travail de député en faveur des conservatoires. Il est lui-même un ancien élève du CRR de Versailles (en art dramatique).
2. Voir “Une belle école pour Mantes-la-Jolie” (LM 330).

 

fiche technique

Versailles

Statut : conservatoire à rayonnement régional
Date de création : 1878
Direction : Bernard Soulès
Nombre d’élèves : 1 276
Professeurs : 90
Personnel administratif et technique : 19 (dont certains à temps partiel)
Budget (2015) : 4 440 000 euros 
dont subventions : intercommunalité Versailles Grand Parc : 3 948 000 euros ; département : 221 000 euros
Adresse : 24, rue de la Chancellerie, 78000 Versailles
Tél. : 01 39 66 30 10 • conservatoire.versailles@agglovgp.fr

Saint-Germain-en-Laye

Statut : conservatoire à rayonnement départemental
Date de création : 1920
Direction : Gilles Dulong
Nombre d’élèves : 874
Professeurs : 35 (dont 28 en musique)
Personnel administratif et technique : 6
Budget (2015) : 1 500 000 euros 
dont subventions : commune : 1 100 000 euros ; département : 57 800 euros ; Etat : 46 000 euros
Adresse : 3, rue du Maréchal-Joffre
78100 Saint-Germain-en-Laye
Tél. : 01 30 87 21 65 • contact@crd-saintgermainenlaye.fr

Mantes-en-Yvelines

Statut : conservatoire à rayonnement départemental
Date de création : 1964
Direction : Thierry Stiegler
Nombre d’élèves : 1 212
Professeurs : 76
Personnel administratif et technique : 13
Budget (2015) : 3 700 000 euros 
dont subventions : communauté d’agglomération Mantes-en-Yvelines : 3 150 000 euros ; département : 94 900 euros
Adresse : 12, boulevard Calmette, 78200 Mantes-la-Jolie
Tél. : 01 34 77 88 88 • accueil@enm-mantes.fr

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