Les Fêtes vénitiennes de Campra au Capitole de Toulouse

Emmanuel Andrieu 03/03/2016
Remisez vos préjugés : l’opéra-ballet sait se dévergonder et faire monter la température… surtout quand Robert Carsen se saisit de l’occasion pour la faire monter en flèche dans cette Venise fantasmagorique imaginée par Campra. Montées une première fois à l’Opéra-Comique il y a tout juste un an (lire ici), ces Fêtes vénitiennes revues et corrigées à la mode Casanova étaient de passage dans la ville rose. 

Pour commencer, les chorégraphies déjantées d’Ed Wubb – à la tête de son Scapino Ballet Amsterdam – font souffler un vent de gaieté très premier degré sur un genre d’ordinaire poussiéreux. On notera au passage que la simplicité des décors pivotants (de Radu Boruzescu) facilite les changements d’atmosphère, d’autant plus que le livret d’Antoine Danchet se présente sous la forme d’une suite assez décousue de situations qui s’emboîtent les unes dans les autres et  séparées par des intermèdes dansés. Entre clins d’œil appuyés et répliques téléphonées, le travail de Robert Carsen assure le minimum et garantit la bonne tenue de l’ensemble. 
La distribution vocale n’appelle aucune réserve, depuis la toujours élégante Emmanuelle de Negri, très contrastée en Raison et pimpante Lucile-Lucie, jusqu’à l’irrésistible et plantureuse Elodie Fonnard, transformée pour l’occasion en hôtesse de salle de jeu (Fortune) ou en innocente jeune fille (Iphise). Très réussi, le duel entre le Maître de danse (Cyril Auvity) et le Maître de musique (Marcel Beekman) tourne au numéro de virtuosité et de théâtre chanté. Irrésistible en Zéphir, Reinoud Van Mechelen sait apporter le grain de folie qui fait basculer la tragédie en comédie bouffe. Moins à son aise dans les états d’âme de la candide Léontine, Rachel Redmond livre une interprétation assez corsetée de son personnage d’ingénue victime de l’amour. Assez réservée en Folie, Emilie Renard se rattrape en piquante et jalouse Isabelle. Des lauriers mérités en revanche pour Jonathan McGovern (successivement Alamir, Damir et Borée), ainsi que pour le truculent François Lis, toujours redoutablement efficace, tant dans le jeu que par la ligne vocale d’une couleur et d’une tenue remarquables. 
Dirigeant du geste et du regard des Arts florissants en bien belle forme, William Christie est l’alchimiste majeur qui réalise l’unité de ce réjouissant spectacle. Abandonnant aux grincheux une humeur sérieuse qui ne s’accorde décidément pas à Campra, il sait animer cette musique sans prétention d’un souffle neuf et vivifiant. (26 février)

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous