Mûza Rubackyté en récital à la salle Gaveau

Deux cycles de Schumann (op. 18, op. 9), une Sonate de Prokofiev et un florilège d’œuvres de Ciurlionis (1875-1911) figuraient au programme du récital parisien de la pianiste lituanienne.

Artiste charismatique, pianiste fabuleuse, Mûza Rubackyté se refuse à disloquer les cellules rythmiques de l’Arabesque sur l’autel du molto rubato, si bien qu’elle semble être la seule à marquer sur le temps la croche pointée qui est bien le pivot de chaque mesure, sans pour cela survaloriser les notes hautes ni forcer les ritardandi indiqués. Plus loin, elle rend à ces blanches, juchées sur accords de septième de dominante, leur valeur de blanches, et dépouille ce thème obsédant de toute velléité de ritournelle en le timbrant différemment à chacune de ses itérations. D’une superbe vocalité (Promenade !), le Carnaval est passionné, uni et charnu, quoique Paganini et la Marche, magnifiquement introduite par la Pause, pâtissent d’un rien d’emportement légitime. Florestan improvisé comme il se doit, citant les Papillons, Valses justement dansées, Réplique parfaite, littérale. Chiarina est altière, Chopin ample et chantant, quand les notes du Sphinx, si rares sur la scène, rendent l’effroi d’un autre monde.
Suivent trois Préludes, puis deux Nocturnes (fa mineur, do dièse mineur) du peintre et compositeur Mikalojus Ciurlionis (1875-1911), splendides de timbres, d’aplats, de symboles, sur lesquels l’auditeur français a toutefois peu de prises, avouons-le. La salle s’était teintée pour eux d’or, de vert et de rouge, aux couleurs du drapeau lituanien.
Le récital culmine avec la 6e Sonate de Prokofiev (1940), maîtrisée de haut, hérissée de tensions, d’épines dorsales. Formée dans le Moscou soviétique, l’interprète attaque dans un mouvement plus vif que Richter ou Maria Grinberg, mais le motif initial, aux doubles-notes abruptes et serrées, résonne à pleines mains sans clinquant de métal. Motifs récurrents, valse entêtante, tirs en rafales, clusters frappés du poing mimant une pluie de bombes : tendue comme un arc, projetée dans l’espace, dense bien plutôt qu’agressive, et toujours entretenue par un feu, une imagination foisonnante, l’épopée s’achève sur ce la grave immense et caverneux.
Rappelée avec insistance, Mûza Rubackyté offre le célèbre Liebestraum de Liszt, à l’archet, puis la transcription d’Isolde Liebestod : preste, mouvante, outrageusement lyrique, débarrassée du pathos alla Knappertsbusch. Mémorable (11 mars).

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