Geneviève de Brabant d’Offenbach ressuscitée à Montpellier

La saison lyrique 2015-2016 est décidément celle des redécouvertes offenbachiennes : après Le Roi Carotte à l’Opéra de Lyon en décembre, l’Opéra de Montpellier a remis sur les planches Geneviève de Brabant, opéra-bouffe féérique et absurde, dans une mise en scène signée Carlos Wagner.
Remonter Geneviève de Brabant est un défi. D’abord parce que l’ouvrage a connu trois versions successives : opéra-bouffe en deux actes (au succès d’estime) en 1859, rallongé d’un acte en 1867 pour devenir enfin un opéra-féérie (comme Le Roi Carotte) en cinq actes en 1875, impossible à redonner tel quel aujourd’hui, notamment à cause de la profusion digressive du livret. C’est d’ailleurs l’une des difficultés de l’ouvrage. Lointainement inspiré par le sinistre destin de la légendaire Marie de Brabant – faussement accusée d’adultère et condamnée à mort par son époux Louis II de Bavière en 1256 – le livret reste relativement décousu. Nombre de péripéties arrivent ex abrupto et parfois gratuitement, comme l’apparition d’Isoline, femme abandonnée de Golo, déguisée en Chevalier noir, à la fin du 2e acte, alors que Geneviève de Brabant tente de détourner son mari Sifroy de son projet de répudiation en lui chantant « Une poule sur un mur, qui picotait du pain dur » ! Musicalement, en revanche, on retrouve toute la saveur variée d’un Offenbach au sommet de son art : une orchestration délicate et des alternances de couleurs tantôt simples, crues et légères, tantôt romantiques et dramatiques. 
Malheureusement, Carlos Wagner et Benjamin Prins n’ont pas la même finesse qu’Agathe Mélinand (dramaturge de Laurent Pelly) quand il s’agit d’adapter le livret et le langage d’Offenbach au référentiel comique contemporain. On verse très vite dans le « connard », le « Yo, check » et le petit garçon qui pue qui pète parce qu’on lui fait bouffer trop de pruneaux ! On peut aussi émettre quelques réserves au fait que l’humour d’Offenbach, volontiers grivois, piquant et assaisonné, trouve son équivalent contemporain dans le lourd, le gras et les blagues sur les Belges... En revanche, installer les personnages dans un lotissement pavillonnaire de nouveaux-riches, où chacun épie son voisin, façon Desperate Housewives, est plutôt efficace et bienvenu : le décalage social entre le noble Duc Sifroy et sa minable existence de banlieusard désœuvré et pantouflard n’en est que renforcé ! 
Le plateau est équilibré et de bonne tenue, avec en tête la rayonnante Jodie Devos, si séduisante Geneviève dans son désespoir. Avi Klemberg, vocalement sans reproche, est de loin le meilleur comédien, donnant à Sifroy tout son grotesque. A signaler aussi la découverte de la jeune Valentine Lemercier, mezzo-soprano très léger, limpide, parfait pour le rôle travesti de l’apprenti-traiteur Drogan. Dommage, cependant, que la baguette de Claude Schnitzler ait manqué d’un peu de vivacité pour donner un tour de vis comique supplémentaire à l’œuvre, d’autant que l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon en est naturellement capable. (20 mars)
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