Un Idomeneo en demi-teinte à Strasbourg

Emmanuel Andrieu 22/03/2016
A l’Opéra du Rhin, une nouvelle production d’Idoménée de Mozart – signée Christophe Gayral – peine à accoster sur la plage de Crète. En cause un parti pris contestable, celui du parallélisme avec La Flûte enchantée.

Deux sobres pans mobiles découpent astucieusement la scène en autant d’espaces que nécessaire. Cette option assez austère sert de fil rouge à une scénographie qui délègue aux seuls éclairages le pouvoir de faire varier l’émotion et l’intérêt. Christophe Gayral, ancien assistant de Robert Carsen, joue avec le fait que la dramaturgie d’Idomeneo permet les rapprochements de l’intrigue avec celle de La Flûte enchantée, de dix ans postérieure. Cela justifie-t-il pour autant les coupures censées souligner le couple Ilia-Idamante ? Arbace y perd ses deux airs, tandis que le personnage d’Elettra a toujours l’air de tomber comme un cheveu sur la soupe… malgré la volonté du metteur en scène de la présenter comme la mauvaise fée de ce conte pour adultes. Le dispositif fait la part belle aux interventions du chœur, véritable personnage à lui seul, notamment dans les déplacements et le jeu d’acteur. Menacés entre monstres en ombres chinoises et imposante statue de Neptune, les amours interdites d’Ilia et Idamante trouveront une issue heureuse dans un surprenant et très premier degré happy end. 
L’Ilia de la soprano néerlandaise Judith Van Wanroij emporte la palme de la sensualité et de la séduction, avec une ligne de chant qui ne manque pas d’émouvoir, tandis que son consœur suédoise Agneta Eichenholz se trouve prise au piège dans la vocalisation des premier et troisième airs d’Elettra qui exigent une authentique colorature dramatique…
Côté messieurs, on aura une nette préférence pour le timbre et la projection du bel Idamante du ténor argentin Juan Francisco Gatell, quand Maximilian Schmitt ne trouve pas l’assurance qui ferait de lui un rôle-titre irréprochable. Parmi les comprimarii, la jeune basse française Nathanaël Tavernier (La voce di Nettuno) retient positivement l’attention. 
Quant à la direction vive et emportée du chef espagnol Sergio Alapont, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Grenade, elle donne un élan bienvenu à l’excellent chœur de l’Opéra du Rhin et invite les musiciens de l’Orchestre symphonique de Mulhouse à se surpasser. (18 mars)

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