Profondeur et humanité de La Juive d’Halévy à Lyon

Dans le cadre du bien nommé Festival pour l’humanité de l’Opéra de Lyon (lire ici le compte rendu de la création de Benjamin, Dernière Nuit de Michel Tabachnik), cette nouvelle production mise en scène par Olivier Py et dirigée par Daniele Rustioni crée une émotion grave et palpable. Le kaddish n’aurait pas semblé incongru après les dernières notes d’Halévy.
 
La dénonciation de l’antisémitisme et des fanatismes religieux fait de La Juive un opéra toujours tristement indispensable et il bon qu’il retrouve actuellement les faveurs des maisons d’opéra. A la noirceur écrasante du propos, répond la noirceur monumentale “Py pur jus” des escaliers, bibliothèques omniprésentes (l’absurde fratricide des religions du livre ?), et autres structures mobiles sur fond de forêt calcinée. Dans le dépouillement presqu’intemporel des décors et des costumes, les images sont fortes et la direction d’acteurs concentrée. Elles réussissent à la fois à saisir le drame intime des protagonistes et à pointer les enjeux de fonds en laissant, pour nous spectateurs du 21e siècle, résonner l’écho inextinguible de la Shoah. Dans ce presque sans faute, on pourra simplement regretter le hors piste des calicots brandis par la foule du chœur “non à l’intégration”, “dehors les étrangers”…,  alors que, au-delà de l’antisémitisme, ce sont plutôt les extrémismes religieux et théocraties de tous poils que l’œuvre dénonce très clairement dans un arrière-plan qui reste à exploiter.
Au diapason de cette lecture dramaturgique acérée, la direction enthousiaste de Daniele Rustioni (prochain chef permanent in loco) va à l’essentiel, évite la boursouflure, et recherche une grande variété de climats. La réponse de l’orchestre est parfois maladroite, en particulier au début de l’œuvre, avant de trouver ensuite plus de naturel. Celle du chœur est enthousiasmante de précision et de caractère. Du caractère, Vincent Le Texier n’en manque pas, inquiétant et vrai dans les imprécations de Rugierro, milicien en chef. On retrouve l’ampleur et le grave généreux de Roberto Scandiuzzi, déjà cardinal Brogni dans la production de Nice en 2015 (lire ici) et conforté ici dans son autorité par une soutane papale blanche. La princesse Eudoxie, version vamp érotomane, est campée jusqu’au bout des ongles par Sabina Puértolas avec une émission discutable et changeante. Leopold est interprété avec fougue mais tout en force par Enea Scala. Nikolaï Schukoff, en Eleazar, offre un jeu sincère mais la voix ne trouve pas vraiment l’ampleur nécessaire. Enfin, on découvre une très belle Rachel incarnée par ... Rachel Harnisch avec une générosité et une noblesse de timbre remarquables qui portent admirablement sur scène cette humanité ardente et aveuglement sacrifiée. (19 mars)
 
 
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