A Liège, résurrection sans vie de la Manon Lescaut d’Auber

Quasiment disparu du répertoire, ce mince opéra-comique en forme de boîte à coloratures revit péniblement entre le fantôme de la voix perdue de Sumi Jo et l’anémie de la mise en scène égarée de Paul-Emile Fourny.
Créée en 1856 sur un livret économe de Scribe, l’œuvre a eu une vie aussi courte que celle de son héroïne très librement inspirée de celle de l’abbé Prévost. Quelques représentations à Paris, Berlin, Stockholm… et Liège, puis elle disparaît avant même la création des ouvrages de Massenet et Puccini. On ne recense depuis que trois productions (1984 à Vérone, 1990 à Paris et 2006 à Los Angeles). Considérablement remaniée et édulcorée par rapport à son modèle original, cette Manon est d’abord, et quoiqu’elle finisse mal, une gentille affaire de « guinguette, de goguette, et de grisette ».
Il s’agissait donc de donner verve, piquant et une bouffée d’émotion à cette histoire sans grande ambition intellectuelle. Dans une référence aussi discutable que récurrente à la source littéraire de l’œuvre, Paul-Emile Fourny se lance à l’inverse dans le récit de ce qui serait une universelle histoire d’amants – mais non, tous ne sont pas de Vérone – qui résonnerait encore aujourd’hui : dans la monumentale bibliothèque d’un très british collège, une des collégiennes découvre ce récit entre deux regards éperdus échangés avec son boy-friend, et l’histoire de Manon est alors jouée en costumes d’époque dans le décor unique de cette bibliothèque. Sauf qu’il ne sort rien de cette encombrante idée gadget et qu’il semble malheureusement ne pas y en avoir d’autre. Le spectacle ainsi plaqué ne prend pas, ne respire pas, et la direction d’acteurs franchement rudimentaire finit d’anesthésier une succession de scènes très convenues.
Le souffle manque aussi pour le marathon – ou la via crucis, c’est selon – des vocalises du rôle-titre, omniprésent, pour et autour duquel l’œuvre est composée. Sumi Jo a aujourd’hui la voix malheureusement trop fatiguée pour cela, sans compter une diction des plus hasardeuses et un jeu terriblement emprunté. Il reste son Des Grieux campé vaillamment, mais il s’y épuise, par Enrico Casatiri, le marquis bien timbré mais aux aigus engorgés de Wiard Withold, le roublard Lescaut de Roger Joakim et l’honnête Marguerite de Sabine Conzen. Tout en composant avec les curieux aléas de l’orchestre, la direction soignée de Cyril Englebert cherche avec bonheur à donner à l’ensemble les couleurs pimpantes, mais jamais criardes, qui font par ailleurs défaut à cette production. (10 avril)

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous