Aux Invalides, Berlioz trahi par l’acoustique

Suzanne Gervais 14/04/2016
Dans le cadre du cycle « La légende napoléonienne : grandeur et démesure », l’Orchestre de la Garde républicaine, dirigé par Sébastien Billard, donnait un programme Berlioz aux Invalides, aux côtés de l’altiste Adrien La Marca.

L’acoustique de la cathédrale Saint-Louis n’est guère flatteuse pour les phalanges de cette envergure : les sons se perdent sous la voûte, les structures sont floutées. L’interprétation de Harold en Italie est toutefois à saluer : après une introduction orchestrale paisible et mélancolique - les archets pèsent sur les cordes, le son est velours -, véritable invitation à la promenade, l’alto entre en scène.
Et quelle fougue ! Ample et grave, le jeu d’Adrien La Marca élabore une trame psychologique traversée par le souffle romantique. Tantôt en harmonie avec le tutti, tantôt capricieux et dissident, son chant exprime toutes les oscillations de l’individualisme exalté. Arpèges séraphiques et rêveurs à la fin de la « Marche des pèlerins », doubles cordes ardentes qui se mêlent au chant sensuel du cor anglais dans la Sérénade, timbre corsé, voir rêche, dans l’effrayante « Orgie de brigands »... Engagé et lyrique, voilà un jeu caractérisé par une fine intelligence des contrastes.

La Symphonie fantastique est moins convaincante : malgré des interventions remarquables dans la petite harmonie, l’orchestre est pris en défaut d’engagement : l’interprétation manque de passion. Des quatre tableaux, « Le Bal » est le plus convaincant : ébouriffant, le thème passe d’un pupitre de cordes à l’autre, avec grâce et agilité. Hélas, « La marche au supplice » est bien terne. Les interventions grotesques et caustiques des bois dans le « Songe d’une nuit de sabbat » consolent de la réminiscence du Dies irae, qui manque de force de frappe : l’acoustique est assurément à blâmer. (12 avril)

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