Piano : le rendez-vous des grands amateurs à Paris

Haut niveau des interprètes et succès public étaient au rendez-vous du 27e Concours des grands amateurs de piano, organisé par Gérard Bekerman à la faculté d’Assas à Paris. Des 92 candidats venus de 27 pays, cinq avaient été admis en finale.
Déjà finaliste en 2015 (il avait terminé au pied du podium, lire ici), Olivier Korber (trader, Société Générale) truste cette fois-ci le 1er prix, le prix de la presse et celui du public. Dans les 12 Etudes op. 25 de Chopin, le pianiste montre ses magnifiques qualités musicales. Avec son jeu sensible et très inspiré, son débit souple et d’amples respirations, de magnifiques contrastes dynamiques, des pédalisations attentives et la volonté accrue de faire chanter l’instrument, Olivier Korber transforme ces Etudes en autant de poèmes lyriques, dans un esprit très chopinien où seule la densité musicale importe, le tout servi par une technique éprouvée.
Olivier Dupont (ingénieur financier, HSBC), 2e prix ex aequo, se distingue par un vrai grain de son pianistique, jamais dur, un style très éloquent qui prend le temps de phraser. Les extraits des Tableaux d’une exposition sont abordés de manière parlante et descriptive, loin des lourdeurs ou des démonstrations que l’on peut parfois déplorer dans certaines interprétations. Le pianiste laisse tout le temps se développer dans un Chopin en demi teintes et conclut avec la Suggestion diabolique de Prokofiev à couper le souffle.
Programme très remarqué de Julien Cohen (étudiant en mathématiques, Cambridge), 2e prix ex aequo. Dans un style pur et d’une grande classe, le pianiste traverse la Partita n° 1 de Bach avec toute la clarté des voix, l’esprit dansant, vivant et lumineux qu’il convient. Son interprétation de la Sonate n° 8 “Pathétique” de Beethoven, racée, évidente et si éloquente conquiert la salle.
Le pianiste Iskander Bursakov (conseiller juridique à Kazan), 4e prix nous permet de découvrir une charmante pièce du compositeur tatar Rystam Yidhin, dans laquelle on goûte le jeu scintillant et clair, très fluide, de l’interprète. La 19e Rhapsodie de Liszt, dans la version Horowitz, manque, dans le lassan, de réels accents tziganes qui demandent une certaine mise en scène dramatique et profonde, mais la friska endiablée, menée de bout en bout avec une virtuosité démonstrative de bon aloi, nous emporte. Le pianiste se joue sans difficultés de toutes les diableries horowitziennes.
Dans un programme éclectique, Emil Simeonov (directeur du département de mathématiques appliquées, université de Vienne), 5e prix, montre certes, de grandes qualités pianistiques, mais dont le style, dans l’ensemble, reste assez rationnel. Impromptu D 899 de Schubert un peu trop objectif, Intermezzo op. 148 n° 2 de Brahms beau mais qui ne bouleverse pas, Widmung (Schumann/Liszt) manquant un peu de générosité. Le pianiste “reprend la main” avec trois Sonates de Scarlatti K 1 (un peu lente, cependant), K 159 (tellement jouée, quel dommage, il y a en 554 autres…) et K 135 (chère à Horowitz) dans lesquelles le piano s’illumine des audaces et de la science du clavier de ces petits chefs-d’œuvre. (10 avril)

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