A Paris, une Création de Haydn jubilatoire

Suzanne Gervais 15/04/2016
Le chœur et l’orchestre du Palais Royal, dirigés par Jean-Philippe Sarcos, interprétaient, dans la salle de l’ancien conservatoire, une réjouissante Création de Haydn, donnée dans sa version française.

Le décor de la salle du conservatoire d’art dramatique (Paris 9e) était assurément l’écrin idéal - tant esthétique qu’acoustique - pour l’interprétation de cet oratorio sur instruments d’époque. Fait rare: l’œuvre était donnée dans sa version française de 1800. L’occasion de découvrir le livret aux accents bucoliques de Joseph-Alexandre de Ségur. Les musiciens investissent ces pages avec un plaisir et une vitalité communicatives: célébration d’une enfance du monde candide et souriante, l’œuvre, composée en 1798, témoigne de l’optimisme qui caractérisa le siècle des Lumières. Quel contraste avec les révolutions qui ensanglantent alors l’Europe ! Même le chaos originel, figuré dans l’ouverture instrumentale, semble harmonieux.

Le ténor Rémy Mathieu, au timbre clair et délicieusement mozartien, enthousiasme par son impeccable direction et de réelles qualités d’acteur. Il brille dans des interventions justes et incarne un ange Uriel attentif et émerveillé. Sevag Tachdjian n’est pas en reste avec un timbre de baryton-basse ample et rond, dans les airs et récitatifs, majestueux mais jamais ampoulés, d’un ange Raphaël bienveillant. La soprano Omo Bello n’est malheureusement au niveau de ses partenaires: plus effacée, la voix semble fanée, le grave et le médium sont couverts par l’orchestre.

La théâtralité de ces pages figurative est complètement assumée: on ne s’ennuie pas une seconde. Sous la baguette précise et déliée de Jean-Philippe Sarcos, les effets dramatiques sont conduits avec franchise, mais délicatesse, par un pupitre de cordes aux attaques nettes, soutenues par des basses dynamiques. Cuivres et bois brillent dans chacune de leurs interventions: la flûte évoque les oiseaux ou les zéphires, les sacqueboutes, au timbre céleste et glorieux, savent aussi imiter le troupeau des pachydermes! La justesse du hautbois et de la clarinette est à saluer. Enfin, les parties de chœur, toujours fluides, font preuve d’un grand sens du style et d’un nuancier maîtrisé (14 avril).

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