Tout est dans tout…

Philippe Thanh 19/04/2016
L’aphorisme du regretté Pierre Dac, « Tout est dans tout et réciproquement », servirait-il de ligne de conduite au ministère de la Culture ? On a pu se le demander en découvrant que l’Etat a nommé, au titre des “personnalités qualifiées”, Camélia Jordana au conseil d’administration de l’Ensemble intercontemporain (lire ici). L’information a fait le buzz sur les réseaux sociaux, on a même cru un moment à un poisson d’avril. Mais non.
Ainsi donc, cette sympathique jeune chanteuse révélée en 2009 par l’émission de télévision “Nouvelle Star”, va siéger aux côtés du compositeur Pascal Dusapin, et aura, comme lui, à donner son avis sur le fonctionnement et le financement de l’Ensemble intercontemporain, sur la nomination ou le renouvellement de son directeur musical (actuellement le compositeur Matthias Pintscher), donc à porter un jugement sur le projet artistique de celui-ci.
Certes, le conseil d’administration n’intervient pas au quotidien dans l’activité artistique de l’orchestre, mais le choix des personnalités qui le composent est un indicateur de l’intérêt qu’on lui porte. Henry Loyrette (ex-patron du Louvre) ou Brigitte Lefèvre (naguère directrice de la danse à l’Opéra de Paris) ne siègent pas à l’EIC en raison de leur compétence en musique contemporaine, mais ce sont des personnalités du monde de la culture dont la notoriété – ou le carnet d’adresses – peut servir l’Ensemble intercontemporain.
On comprend le message sous-jacent adressé par le ministère de la Culture à l’orchestre fondé par Pierre Boulez : « Assez d’élitisme, ouvrez-vous à d’autres musiques, à de nouveaux publics. » Traduire : « Vous nous coûtez cher, vous devez toucher davantage de monde. » Une injonction anticipée par l’EIC, qui a réussi, en élargissant son répertoire, à faire plus que doubler le nombre de ses spectateurs en l’espace de trois ans.
C’est surtout un message bien peu amène adressé à des musiciens qui sont tous des solistes renommés, qui ont fait des années d’étude, qui travaillent d’arrache-pied pour défendre un répertoire essentiel à la survie de la musique, même s’il ne remplit pas toujours les salles et s’il est, la plupart du temps, ignoré des médias.
C’est un air connu qui résonne depuis bien longtemps déjà aux oreilles des musiciens, qu’ils soient interprètes, responsables d’orchestres, enseignants ou directeurs de conservatoire. Une fois encore, l’accusation d’élitisme est un a priori qui colle aux basques des musiciens, comme le sparadrap du capitaine Haddock.
En somme, en forçant le trait, on va bientôt demander aux formations classiques de programmer de la musique de variété. D’ailleurs, nombre de musiciens en jouent déjà en cachetonnant dans des formations ad hoc. Au moins, on peut espérer des résultats plus probants que lorsque des chanteurs de variété s’essaient à chanter des airs d’opéra !
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