La Schola Cantorum, 122 ans et en pleine croissance !

Agrandissement de ses locaux (500 élèves supplémentaires pourront y être accueillis dans quelques années), partenariats inédits avec des structures publiques…, la vénérable institution de la rue Saint-Jacques fait une cure de jouvence et se tourne résolument vers l’avenir.
Tout, dans la Schola Cantorum, témoigne de l’attachement de l’institution à son histoire, qui a pour partie fondé son attrait et sa légitimité. Il suffit de regarder les photographies d’anciens professeurs accrochées sur les murs du hall d’entrée pour s’en convaincre : Isaac Albeniz, Vincent d’Indy, Albert Roussel, Olivier Messiaen, Gaby Casadesus… Les visages des anciens élèves ne sont pas moins évocateurs : Erik Satie, Darius Milhaud, Edgard Varèse, Serge Gainsbourg, Jean-François Zygel…
Les salles de cours portent toutes le nom d’anciens professeurs ou élèves. Les bustes de certains d’entre eux trônent au pied des larges escaliers de l’école, installée depuis 1900 dans un ancien couvent de bénédictins anglais du 17e siècle. Du haut de ses 122 ans, depuis sa fondation par Charles Bordes en 1894, l’école de musique parisienne a vu défiler des dizaines de milliers d’élèves.

Une longue histoire

A l’origine, la Schola Cantorum – “école de chantres”, en latin, du nom qui désignait les écoles de chant religieux au Moyen Age – souhaitait mettre l’accent sur la musique religieuse. Mais elle fut aussi créée en réaction à l’enseignement officiel du Conservatoire de Paris. Le compositeur Vincent d’Indy, qui prit l’école en main de 1904 à 1931, fut le musicien qui y imprima la marque la plus durable. « D’Indy a été révolutionnaire sur le plan pédagogique, quoi qu’on en dise, avant de finir par être lui-même vu comme un enseignant un peu carré », analyse Michel Denis, actuel directeur de la Schola. Partisan d’une harmonie stricte, Vincent d’Indy n’adhérait pas à l’esthétique d’un Mahler, d’un Stravinsky ou d’un Schoenberg.
Au fil des années, pourtant, l’école a su renouveler l’enseignement musical. Elle revendique la paternité de plusieurs avancées pédagogiques, telles que les premiers orchestres d’enfants, le premier enseignement des métiers techniques de la musique ou encore l’ouverture de cours de modern jazz ou d’accordéon.
Dans le même temps, elle a su conserver ce qui a fait de l’enseignement musical français une référence pour bon nombre de pays. « La Schola est une vieille école qui n’est pas tributaire des dernières modes pédagogiques, juge Adrian McDonnell, en charge de la classe de direction d’orchestre. Elle représente une certaine tradition française de la musique. »
Pourtant, il y a eu des périodes difficiles. Un schisme, en 1931, a vu une bonne partie des élèves et des professeurs quitter la Schola pour fonder une école concurrente aujourd’hui disparue, l’école César-Franck. Plus récemment, la multiplication des conservatoires municipaux à Paris et des conservatoires régionaux en province, a concurrencé dangereusement la Schola. Au point qu’elle frôla la fermeture au milieu des années 1990.

Des travaux d’agrandissement

Ces temps troublés sont bien loin aujourd’hui. L’institution est en effet en pleine croissance. Dans les couloirs, on entend non seulement le son assourdi des instruments, mais aussi le bruit des travaux de rénovation. Ces travaux seront « l’une des grandes avancées de l’institution », estime Michel Denis, qui supervise leur bon déroulement. Lorsqu’ils seront terminés, la Schola disposera de 1 500 mètres carrés d’espaces supplémentaires. Ils seront occupés par des salles de cours, un grand espace d’accueil, une cafétéria ou encore un musée sur l’école – nouveau témoignage de l’attachement de la Schola à son histoire. Cinq cents élèves supplémentaires pourront être accueillis.
Pour rendre ce projet de rénovation possible, la direction a dû, au milieu des années 1990, remettre la main sur un de ses bâtiments qui abritait jusque-là des logements. Une fois les derniers locataires partis, la rénovation a pu être envisagée, vers l’an 2000. Il a fallu, ensuite, obtenir les permis de construire, recevoir l’aval des Monuments historiques et prévoir toutes les mises aux normes nécessaires.
A terme, tous les bâtiments seront restaurés, y compris la salle de concert César-Franck. La nouvelle configuration de cette salle devrait être officiellement dévoilée vers octobre 2017. « Nous voulons l’insérer durablement dans le circuit des salles de concert parisiennes », souligne Michel Denis.

Partenariats avec l’enseignement public

Une autre révolution est en cours à la Schola. L’école privée vient en effet de nouer, pour la première fois de son histoire, un partenariat avec une école de musique publique, le CRR de Versailles. Signé en décembre, il lui permettra de délivrer, à terme, le diplôme d’études musicales (DEM). Des premiers examens communs auront lieu entre les deux institutions en avril et en mai. « Délivrer un DEM nous permettra de répondre à une demande très forte des étudiants étrangers, et notamment asiatiques, qui ne jurent que par le DEM français, explique Michel Denis. Beaucoup préfèrent obtenir ce diplôme plutôt qu’un autre du supérieur. »
La Schola vient également de conclure un accord avec l’université de Rouen pour délivrer une licence conjointe d’interprète. L’apprentissage de la théorie sera assurée par l’université, et la pratique instrumentale par la Schola. La convention entrera en vigueur dès la prochaine année universitaire.
Ces partenariats ne remettent pas en cause le statut d’école privée de la Schola, revendiqué par l’institution. Le directeur n’hésite d’ailleurs pas à la qualifier d’entreprise. Selon lui, elle ne reçoit aucune subvention publique et vit essentiellement des frais d’inscription de ses élèves. Les garder est donc une nécessité vitale pour la Schola. « Notre “clientèle” est très exigeante. Il nous faut toujours innover, comme les grandes entreprises », remarque le directeur. C’est ce qui la pousse, entre autres, à proposer des parcours plus flexibles et sur mesure aux élèves qui le désirent, ou qui sont sur le point de décrocher. Par exemple, il leur est possible de n’avoir cours que tous les quinze jours. Les élèves de tout âge sont aussi les bienvenus à la Schola. Une ouverture qui explique pourquoi la Schola est parfois surnommée “l’école de la deuxième chance”.

Adapter l’enseignement aux besoins des élèves

La Schola se distingue aussi de la plupart des conservatoires publics en préparant des musiciens au diplôme d’Etat, en proposant des formations continues ou encore en délivrant des diplômes d’enseignement supérieur (à l’image de ses diplômes de virtuosité ou de concert) même si ces derniers ne sont pas reconnus par l’Etat en raison du statut d’école privée de l’établissement. Autre revers de la médaille : l’absence de subvention implique que les tarifs d’inscription de la Schola soient logiquement plus élevés que dans un conservatoire. Les élèves de premier cycle doivent débourser 1 500 euros par an pour un cours hebdomadaire de 45 minutes.
L’école présente une autre particularité. Elle propose depuis 2012 un diplôme de direction d’orchestre. « C’est un enseignement qui est très demandé, mais où il existe très peu d’offres », remarque Adrian McDonnell. Avec cette classe, la Schola renoue avec sa tradition puisque, dès 1900, d’Indy créait un cours spécial de direction d’orchestre pour « fonder une pépinière de chefs d’orchestre munis d’une solide éducation musicale ». Aujourd’hui, les élèves d’Adrian McDonnell peuvent travailler de manière très pratique avec l’orchestre de la Schola. « C’est lors de ces sessions que le vrai cours a lieu », assure Adrian McDonnell. Il accueille aussi dans sa classe des professeurs expérimentés dans le cadre de formations continues.
Lors de son arrivée à la tête de l’école en 1993, Michel Denis n’a pas hésité à réformer l’enseignement pour l’adapter aux besoins des nouveaux élèves. « Chaque génération qui arrive est toujours un peu différente », remarque-t-il. Le directeur recommande par exemple aux élèves d’instruments à cordes d’étudier en parallèle un instrument harmonique, comme le piano, pour éviter qu’ils se découragent trop vite. « L’étude des instruments à vent est ingrate et difficile au début », ajoute-t-il.
Il a aussi décidé de recruter ses nouveaux professeurs sur la base de leurs qualités pédagogiques, qualités qui s’acquièrent souvent avec l’expérience. Ce principe l’a poussé à engager nombre d’enseignants qui venaient de prendre leur retraite officielle, « alors qu’ils sont souvent en pleine force créatrice », relève Michel Denis. Il n’est ainsi pas rare de croiser des professeurs octogénaires à la Schola. Le doyen des professeurs, Patrice Sciortino, va sur ses 94 ans. « Son père lui-même était professeur à la Schola, précise Michel Denis. C’est l’une des particularités de notre école : des membres de même famille s’y succèdent souvent. Et beaucoup d’élèves se sont rencontrés ici avant de se marier. »
Autre trait qui marque l’identité de l’école depuis ses débuts : sa répugnance pour l’esprit de compétition, et notamment celui induit par les concours. Pour l’école, l’art doit rester premier. Cela n’empêche nullement la Schola de former d’excellents professionnels. Bruno Delepelaire, un ancien élève entré à la Schola à l’âge de 6 ans et qui y est resté plus de dix ans, est devenu violoncelle solo à l’Orchestre philharmonique de Berlin en 2013.

L’école prend autant soin de ses élèves amateurs que des futurs professionnels. Elle ne réserve pas ses pédagogues les plus réputés aux plus doués. « Les professeurs ne font pas de distinguo entre les élèves », assure Michel Denis. Un principe qui explique probablement en partie pourquoi la Schola Cantorum se tient aujourd’hui toujours debout, plus d’un siècle après sa naissance.

Fiche technique

Statut : établissement privé d’enseignement supérieur
Date de création : 1894
Direction : Michel Denis
Nombre d’élèves : 1 030
Professeurs : 94
Personnel administratif et technique : 7
Budget : non communiqué
Adresse : 269 rue Saint-Jacques, 75005 Paris
01 43 54 15 39 • info@schola-cantorum.com

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