Hélène Tysman à l’institut Goethe de Paris

Lauréate à Varsovie du concours Chopin qui la révéla en 2010, la jeune pianiste française, formée pour partie à Cologne et à Vienne, proposait un programme “100 % Bach” à l’institut culturel allemand.
Sans concession, vif et d’une diction parfaite (on y décèle souvent la touche analytique de son maître Pierre-Laurent Aimard), le Bach d’Hélène Tysman, courageusement avare de pédale, anti-romantique, est irrigué de bout en bout par un parti-pris gouldien : staccato récurrent, voire spiccato dans le Concerto italien. Cette manière systématique de détacher, de distinguer les notes au détriment apparent des phrasés longs lasserait vite, sans doute, si elle n’était placée comme ici au service d’une réelle originalité de pensée, d’un vrai bonheur de jouer, d’une intelligence supérieure de l’écriture, de l’harmonie et des plans.

Fantaisie chromatique (BWV 903) attaquée avec détermination, une habileté étonnante pour souligner des motifs cachés, centraux, dans les arpèges précédant le récitatif. Fugue au tempo adéquat, aux entrées infaillibles, culminant à son terme. La Fantaisie et fugue en la mineur lui répondra avec superbe en fin de programme. Les Préludes et fugue du premier livre du Clavier bien tempéré (mi mineur, surtout, taillé à la serpe, aux basses légèrement décalées dans la fugue, fermé sur une tierce picarde) font état d’une tendance à infléchir la ligne et préparer les ritardando très en amont de la double barre. Marque d’une conception organique des pièces, l’inclination est logique en ce sens que le ralenti ne s’y opère pas par dédoublement des valeurs, comme il arrive souvent chez Ravel par exemple.

Magnifiquement construite (agogique, rapports entre les mouvements), la Partita en si bémol est traitée quasi improvisando à la manière d’un canevas prétexte à ornements, strettes, arpeggios et broderies, aucune section n’y étant reprise l’identique. Prélude plein d’autorité et d’allant, Allemande modérée, Courante hérissée de fortes iambes (une brève, une longue, accent sur la croche pointée). Peu importe que l’on préfère cette Sarabande à trois temps temps, sans levée, plus solennelle et lente, plus régulière et stricte dans sa liberté (avec appui sur le deuxième temps). Gigue entraînante, main droite chevauchant legato sur son tapis de croches. Vivement acclamée (par un public de connaisseurs), la musicienne offre en bis la pureté du Prélude en do majeur du Clavier bien tempéré.

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