Pascal Amoyel et le piano méconnu

Suzanne Gervais 10/05/2016
Le pianiste se produira à Paris, au théâtre des Bouffes-du-Nord le 5 juin, dans le cadre du festival Palazzetto Bru Zane, consacré à la musique française du 19e siècle. L’occasion d’entendre des raretés du répertoire pianistique.
Que jouerez-vous aux Bouffes-du-Nord ?
J’ai choisi quelques Polonaises de Chopin, car mon disque sort tout juste, mais aussi des œuvres plus rares… qui sont néanmoins passionnantes ! Le Palazzetto m’a proposé de jouer deux études artistiques de Godard, compositeur méconnu, mais dont la musique a beaucoup de cœur. Je jouerai aussi la Grande Sonate “Les Quatre Ages” d’Alkan, que j’ai déjà enregistrée. C’est une œuvre très dense, fascinante et mystique… qui a de nombreux points communs avec la musique de Liszt et son Saint François de Paule marchant sur les eaux, qui conclura le récital. Alkan et Liszt se sont d’ailleurs connus, ils fréquentaient le même cercle d’artistes que Chopin.
Il s’agira d’un récital, mais l’une de vos spécialités est le spectacle musical…
Le spectacle me permet de raconter une histoire au-delà de la musique. La musique classique souffre d’une approche un petit peu conservatrice : on la garde dans une vitrine. Parfois, il faut passer outre les codes du concert. L’ambition initiale de mes spectacles n’est pas de démocratiser le classique. Le fait qu’ils s’adressent à tous n’est qu’une conséquence, et c’est tant mieux ! Le spectacle permet de lier le concert à un témoignage, de raconter un destin exceptionnel. C’était le cas quand j’ai imaginé “Le Pianiste aux cinquante doigts” pour raconter la vie de Cziffra ou “Le jour où j’ai rencontré Franz Liszt”. Je voulais montrer une dimension de Liszt que l’on occulte souvent : c’est l’un des plus grands sages de l’histoire et pas seulement le virtuose exubérant que l’on connaît.
Un mot de votre disque Chopin ?
J’ai voulu enregistrer les Polonaises d’après l’exil*, quand Chopin est installé en France. Ce sont des pages d’une extraordinaire densité émotionnelle. On y entend toute la révolte et la mélancolie de l’exilé. La Pologne est présente tout au long de la vie de Chopin. Ces pièces ont un aspect très brut, très terrien. Ce n’est pas le Chopin métaphorique ou sentimental qu’on a l’habitude d’entendre. Pour capter cette musique sans fard, j’ai souhaité une prise de son très proche de l’instrument, un peu crue. C’est donc une musique de deuil, mais aussi d’espoir. D’où, sans doute, sa dimension universelle. Le disque s’achève sur la Polonaise-fantaisie, qui est la quintessence de toutes les autres : la forme y est transcendée !

* CD “Polonia” par Pascal Amoyel, piano, La Dolce Volta.
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