L’Orfeo de Monteverdi fait escale à Lille

Emmanuel Andrieu 23/05/2016
C’est un Orfeo voyageur qui atteint l’Opéra de Lille, après avoir fait les beaux jours de plusieurs scènes européennes (Amsterdam, Bergen, Luxembourg…). 
En utilisant l’alternance entre passages chantés et morceaux instrumentaux qui font la structure même de l’œuvre de Monteverdi, la chorégraphe Sasha Waltz – codirectrice de la Schaubühne de Berlin – propose une mise en espace très originale du drame liminaire de l’art lyrique en Occident. La lenteur hypnotique des déplacements du chœur entourant Georg Nigl (le rôle-titre) ne permet pas de saisir immédiatement qu’il est composé à parts égales de chanteurs et de danseurs. Emergeant d’une nuit intemporelle, ce collectif de corps et de gestes double la voix du baryton autrichien, à mi-chemin entre narrateur et soliste. L’effacement des frontières visuelles et esthétiques est au cœur de cet étonnant et insolite objet scénique. En faisant remonter à travers la danse le mythe intemporel d’Orphée à la surface des notes, la chorégraphe saisit au vol une série de thèmes à la fois très simples et universels : l’amour, la perte, la fragilité, le destin… 
Evoquons, enfin, le recours à des éléments très simples, comme ces costumes stylisés (conçus par Beate Bormann), ce superbe décor de bois modulable (Alexander Schwarz) ou encore ces éclairages aussi fugaces qu’émouvants, imaginés par Martin Hauk.
La rugosité des timbres et la violence des accents du Freiburger BarockConsort (placé de part et d’autre du plateau) est vivifié par le geste nerveux et précis du chef allemand Torsten Johann, tandis que le Vocalconsort Berlin fournit l’essentiel des solistes, tous parfaitement à l’aise dans cet environnement mobile qui mêle indifféremment le jeu, le chant et la danse. 
Avec ses graves profonds, la basse américaine Douglas Williams se montre d’une grande efficacité dans la partie de Caron, tandis que le couple sensuel formé par Konstantin Wolff (Plutone) et Luciana Mancini (Proserpina) mérite également une mention. Musica et Euridyce au timbre frais et spontané, la jeune Anna Lucia Richter tire brillamment son épingle du jeu. La mezzo suédoise Charlotte Hellekant module des aigus très sûrs, tout en imposant une belle présence scénique dans les rôles de la Messagère et de l’Espérance. Mais la palme de la soirée revient sans coup férir à Georg Nigl, Orfeo d’une bouleversante humanité et d’une incroyable densité, brûlant les planches. (20 mai)

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