Extensions contemporaines à Paris

Laurent Vilarem 01/06/2016
Le Festival Extension organisé par La Muse en circuit œuvre à décloisonner les différentes cultures musicales. Comme l’ont montré les concerts à l’église Saint-Merry (Paris 4e), les résultats ne sont pas toujours à la hauteur mais réjouissent par leur esprit d’aventure, hérité des grandes découvertes musicales des années 1970.

Dans la riche programmation du festival Extension, nombre de rendez-vous se plaçaient sous le signe des rencontres entre différents genres musicaux. C’était le cas du premier concert donné à l’église Saint-Merry de l’Onceim (Orchestre de nouvelles créations, expérimentations et improvisations musicales) qui offrait un détonant mélange entre musiques de tradition écrite et improvisée. L’idée est aussi belle que réjouissante: réunir les savoir-faire individuels d’une vingtaine de musiciens et offrir une création orchestrale sans partition. Le résultat rappelle moins une improvisation qu’une gigantesque exploration de musique spectrale où brillent toutes sortes de techniques instrumentales aux cordes, aux bois ou aux cuivres. L’ensemble, d’un très bon niveau, est certes un poil trop long mais permet de s’immerger en profondeur dans le flux collectif et la matière sonore.

Après l’entracte, c’est à une autre création collective que l’on assistait avec la première d’une longue pièce vocale par le chœur Tac-Til emmené par Natacha Muslera. Plongés dans le noir, des choristes font entendre – amplifiés et modifiés par une invention informatique appelée ”robot haptique” – des feulements qui évoquent tantôt le vent tantôt un typhon dévastateur jusqu’à ce que des phonèmes sémantiques se fassent entendre, rappelant clairement le Stimmung de Karlheinz Stockhausen. Bientôt, avec des hymnes populaires enchevêtrés, ce sera le souvenir de Hymnen du même compositeur qu’on reconnaîtra. L’aventure a quelque chose de déjà entendu, mais qu’importe, elle permet d’abolir le temps, au profit d’une expérience toujours singulière.

Pour le deuxième concert à Saint-Merry, une semaine plus tard, on rendait hommage à une autre figure des années 70, cette fois-ci en la présence du musicien rock Lou Reed dont l’album “Metal Machine Music” était recréé sur instruments traditionnels par l’ensemble allemand Zeitkratzer. Difficile de se faire une idée quand on ne connaît pas l’album originel de 1975, mais à la réécoute du disque chez soi, le tour de force de la transcription est patent : on se perd avec délices dans cette jungle luxuriante de sons, simples dans leur déroulement mais portés par une énergie toute américaine.

Toutefois, le véritable événement de la soirée restait la création de Krafft de Reinhold Friedl sous l’interprétation conjointe des ensembles Zeitkratzer (dont Friedl est le fondateur) et 2e2m dirigés par Pierre Roullier. L’œuvre arbore un monolithisme sourcilleux, qui évoque tantôt Messiaen tantôt Stockhausen, et finit par envoûter par ses sonorités de plus en plus vitrifiées. Avec des interprètes très sûrs, Krafft ressemble à une muraille sonore pleine de vie. Belle expérience qui réjouit par sa radicalité enthousiaste. (11 et 19 mai)

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