Boris Giltburg révèle le piano Paulello, salle Gaveau

Triomphe samedi soir pour le pianiste israélien, premier prix du Concours international Reine-Elisabeth, dont le talent sut magnifier les propriétés acoustiques de l’Opus 102, un grand queue de concert conçu et fabriqué par Stephen Paulello (lire ici), dernier facteur de piano indépendant de France.
Il fallait un programme de cette audace, de cette intelligence-là pour exalter la richesse de timbres, la qualité de projection, la mécanique, la registration subtile et les “longueurs d’ondes” de cet instrument révolutionnaire. En alternant l’exécution de pièces purement pianistiques, d’essence orchestrale, transcrites du violon seul ou du quatuor, en offrant ainsi de se focaliser sur le medium autant que sur la substance transmise par son intermédiaire (et donc d’en jauger l’adéquation), Boris Giltburg sut tirer tout le profit de cette rencontre inédite sur la scène.

Musicien d’élite – virtuosité impeccable, personnalité affirmée, absence totale d’effet – le pianiste se distingue par une oreille, un souci des couleurs, des nuances, des contrastes de texture et des plans, une science des nappes harmoniques, des phrasés, un respect absolu des valeurs, des figures rythmiques et une maîtrise des architectures qui lui offrent de communiquer le sens et l’unité d’un texte avec une autorité magistrale et sereine.

Chaconne de Bach-Busoni sobre, charnue, ancrée dans des profondeurs d’orgue ou scintillante d’aigus. Ballade en fa de Chopin chantée avec art, Sotto voce, sostenuto e sempre legatissimo, hérissée d’envolées schumaniennes. Transcrit par Giltburg, le Quatuor n°8 de Chostakovitch est saisissant d’atmosphère et de densité, encore que le piano ne puisse qu’évoquer le vibrato des cordes, l’apprêté des archets. Les glorieuses Etudes-Tableaux op. 33 de Rachmaninov, la Sonate n°8 de Prokofiev (digne d’Emile Guilels) ne firent qu’affiner ces beaux portraits de piano et de pianiste.

Ovationné, Boris Giltburg est rappelé à quatre reprises. Toucher ailé, nostalgie lancinante du Liebesleid de Fritz Kreisler, écho dansé d’un monde perdu, Suggestion diabolique de Prokofiev sardonique à souhait, gravité lyrique de l’Etude en do dièse mineur op. 2 n° 1 de Scriabine. Puis l’élégance, enfin, de conclure sur cette Polka que Rachmaninov, pour son père Vassili, transcrivit d’une Rieuse badine et française de Franz Behr. (4 juin)

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