Grandes voix pour un Macbeth marseillais

Jacques Bonnaure 17/06/2016
Fidèle à sa tradition d’offrir de grandes voix à son public d’aficionados, l’Opéra de Marseille a terminé la saison sur un Macbeth de Verdi di primo cartello.
 
En effet, la réussite du spectacle tient d’abord à la qualité d’un superbe quatuor vocal, des chœurs et de l’orchestre. Pour la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia, on sera un peu plus réservé. Non qu’elle comporte rien d’irritant ni d’incongru, mais on ne voit pas nettement où le metteur en scène veut en venir. Un décor unique, de Jacques Gabel, est en place tout au long des quatre actes, représentant une salle de style classique et quelque peu art déco. Cet espace sert donc aussi bien de palais de Macbeth que de lande à sorcières, de « lieu désert à la frontière de l’Ecosse et de l’Angleterre »… La direction d’acteurs est plutôt conventionnelle mais les chanteurs, en bons professionnels, savent d’instinct comment se comporter. On aura toutefois apprécié quelques belles images, dues aux éclairages de Robert Venturi, notamment dans le scènes fantastiques de l’acte III ou la scène des Ecossais exilés.
Musicalement, les sujets de satisfaction ne manquent pas. Commençons avec l’excellent chœur préparé par Emmanuel Trenque, très présent et actif dans tout l’ouvrage, et applaudissons ensuite le travail de Pinchas Steinberg qui sait enflammer l’orchestre tout en restant léger, précis et souple à la fois. Cette partition, que Richard Strauss qualifiait de « musique d’orgue de Barbarie », abonde en traits inventifs et même dans les accompagnements les plus conventionnels peut, si l’on sait y faire, devenir bondissante et aérienne.
Côté voix, c’était grand. Csilla Boross chantait pour la première fois à Marseille. Elle possède le calibre idéal de Lady Macbeth. Bonne actrice au jeu nuancé et jamais histrionique, elle excelle aussi bien dans les vocalises légères que les passages les plus puissants. Les puristes sourcilleront devant un contre-ré bémol un peu raccourci et pas vraiment sur un fil di voce, mais on sait que ces notes ne sortent bien qu’au disque ! Juan Jesus Rodriguez, lui aussi nouveau dans la maison, composait un personnage de Macbeth cruel mais tourmenté, avec un voix bien formatée, ni trop légère ni trop noire. Wojtek Smilek (Banquo) a chanté toutes les grandes basses verdiennes. Il se montre en grande forme physique avec un organe sain et souple. Stanislas de Barbeyrac est le Macduff idéal, physiquement et vocalement. Une voix charnue et consistante, un art consommé du souffle et de la ligne dans son fameux «Ah ! la paterna mano…».
Les comprimari étaient parfaits et le public, peu soucieux du résultat du France-Roumanie qui se déroulait non loin de là, s’est montré particulièrement chaleureux. (15 juin)
 

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