Un Pelléas et Mélisande intimiste et prometteur à Paris

L’œuvre de Debussy est donnée à l’Etoile du Nord Théâtre (18e) dans une adaptation plus courte et réduite pour orchestre de chambre par Annelies Van Parys. La production réunit exclusivement des jeunes professionnels pour un résultat attachant.

 

Au gré des coupes réalisées ici et là, cette version dure deux heures. Si l’on regrette évidemment particulièrement la disparition de certaines pages comme celles de la grotte, on se gardera toutefois de crier trop catégoriquement à la trahison en gardant en tête que Maeterlinck avait lui-même donné carte blanche à Debussy pour librement tailler et recouper.

Sur le plateau dépouillé, tout juste accessoirisé de quelques touches d’un romantisme éthéré, la mise en scène de Camille Doucet capte une part de l’ambiguïté du récit en entretenant judicieusement un flou permanent entre conte équivoque, onirisme trouble et jeux dangereux de ces curieux « enfants terribles ». Quelques maladresses émaillent le spectacle encore un peu frais (inutiles répliques parlées dans un micro incongru), mais il est également rythmé de scènes au ton justement évocateur, telle Mélisande, fraîche et provocante, perchée sur son échelle en fleurs en guise de tour, puis mourant alitée sur sa baignoire ceinte de lumière. Oscillant entre évanescence et violence des sentiments, c’est avant tout un regard intimiste qui laisse, sans doute sagement, la dimension symboliste au second plan.

Pour créer les climats propices à cette lecture, la réduction pour orchestre de chambre s’avère paradoxalement être une contrainte. Le tissu orchestral mis à nu y perd de son halo évasif, les couleurs ressortent plus tranchées et les harmonies moins mystérieuses. Sous la baguette nette de Victor Jacob, scrupuleusement attentif aux équilibres, l’orchestre peine un peu à ondoyer au premier acte mais offre aussi de belles palpitations nerveuses à la fin du troisième et la luxuriance abandonnée qui sied à la conclusion du quatrième.

La distribution réunit de jeunes voix francophones à l’excellente diction qui affrontent avec de beaux succès la prosodie singulière de cette partition. Parmi les rôles principaux, on remarque particulièrement le talent confondant de la mezzo Victoire Bunel, parfaite Mélisande troublante et insaisissable : amplitude et richesse du timbre, technique impeccable et musicalité enivrante, tout y est. Elle forme un couple vocalement joliment assorti avec son partenaire le ténor Martial Pauliat, belle voix ardente et lumineuse, qui compose un Pelléas passionné et touchant. Dans la salle, le public est manifestement conquis de la même façon. (26 juin)

 

 

 

 
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