Ravel et Berlioz, de Toulouse à Montpellier

Emmanuel Andrieu 18/07/2016
Après un concert d’ouverture de l’Orchestre national de Montpellier, intitulé “Les mille et une nuits” et dédié à des œuvres orientalisantes (Shéhérazade de Rimski-Korsakov ou encore Aladin de Nielsen), c’est l’Orchestre national du Capitole de Toulouse qui était convié au 31e festival de Radio France Montpellier Occitanie, dans un programme réunissant Ravel et Berlioz.

Le directeur musical de la phalange toulousaine, Tugan Sokhiev, souffrant, a été remplacé par le chef letton Andris Poga – premier prix du concours Svetlanov de direction d’orchestre ici-même à Montpellier en 2010 et directeur musical de l’Orchestre national de Lettonie depuis 2013.

La première partie du concert donne à entendre le Concerto en sol de Ravel sous les doigts du jeune pianiste français Lucas Debargue, lauréat du dernier concours Tchaikovski. Nécessitant beaucoup de virtuosité, ce Concerto requiert également une liberté d’esprit que le pianiste semble posséder au plus haut point. L’influence du jazz n’en ressort que mieux sous les soubresauts et les glissandi déchaînés. Tout en étant d’une grande rigueur rythmique, il témoigne, dans le premier mouvement (Allegramente), d’une joie espiègle et presque enfantine. Dans l’Adagio assai, on apprécie l’émotion intérieure mais vibrante de la cantilène, qui s’achève sur l’entrée de la flûte. Debargue nous fait vivre ici trois minutes de temps suspendu, relayée ensuite par des vents tout aussi admirables. On retrouve le brillant acrobate qu’il est dans un Presto final qui ne peut que charmer l’auditoire par l’agilité, la maîtrise technique et, surtout, la fraîcheur dégagées par le jeune pianiste. En guise de bis, il interprète – avec beaucoup de sensibilité - le Menuet sur le nom de Haydn du même Ravel.

Après l’entracte, le chef letton s’attaque à la Symphonie fantastique de Berlioz, œuvre dont l’orchestre toulousain est familier. Il en livre une lecture poétique et envoûtante, privilégiant les textures foisonnantes de la partition, loin de tout histrionisme malvenu. C’est merveille que d’entendre, sous sa battue, toutes les subtilités d’un ouvrage d’une prophétique modernité. Rêveries et passions sont investies d’un lyrisme et d’une chaleur débordantes, le Bal d’une légèreté réjouissante et la Scène aux champs de détails bucoliques aux chatoyantes couleurs. Les deux derniers mouvements, la Marche au supplice et le Songe d’une nuit de sabbat convainquent peut-être un peu moins du fait d’un certaine manque d’ironie grinçante et de sulfureuse folie, essentielles ici. Néanmoins la vision du chef s’impose au final par sa rare cohérence. (12 juillet

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