Salle Cortot, l’art de l’autoportrait par Frédéric Chiu

Artiste officiel Yamaha, le pianiste franco-américain révélait le contenu de ses derniers albums en offrant un programme commenté en forme d’autobiographie musicale : Images au complet de Debussy et Sonate n°7 de Prokofiev, alternées avec des œuvres du compositeur chinois Gao Ping.
Plutôt rare de nos jours sur les scènes nationales, Frédéric Chiu signe un beau retour à Paris. Dynamitant d’entrée toute question d’ego, de personnalité (c’est qu’il faut une bonne dose d’esprit, lorsque l’on a des parents originaires de Tianjin et Pékin, pour débuter son propre portrait sur le mode pentatonique par l’audition de Pagodes !), l’interprète s’efface derrière le langage debussyste, sensible aux timbres, aux atmosphères. Clavier effleuré, harmonies déployées en nappes longues : Hommage à Rameau rubato, aux basses détachées, Cloches brouillées par un léger excès de pédale (gourmandise sonore !), éclats de lumière incrustés dans la laque noire (Poissons d’or).

Prolongeant ces Images, les œuvres de Gao Ping, compositeur natif du Sichuan, intriguent d’abord par leurs voix lointaines, leur poésie étale (Nostalgia), puis surprennent par leur ornementation inédite. « Pianiste vocalisant », Chiu, soudain, fredonne, siffle, hurle ou frappe sur le meuble : contrepoint périlleux dans la deuxième Chanson d’amour soviétique, où l’auteur cite l’illustre Katiousha de Blanter et Issakovski, que Lidia Rouslanova, armée d’un modeste bayan, répandit sur les fronts de la Grande guerre patriotique en 1943. Aux échos de Tea for Two, emprunté par Chostakovitch dans son Tahiti Trot, répond alors une rêverie sur les Nuits moscovites de Soloviov, autre pièce-phare des chœurs de l’Armée Rouge. Ainsi introduite, la Sonate n°7 de Prokofiev n’en parut que plus inquiète et tendue : chaleureuse comme il convient dans l’Andante, à la limite de la rupture dans la toccata aux accents très marqués.

Acclamé, l’artiste offre trois bis : Mad Rush de Philipp Glass, pour sa touche américaine au tableau, une danse hypnotique de Gurdjieff-de Hartmann, puis la Troïka du Lieutenant Kijé (Prokofiev), virtuose, orchestrale, superbement mise en scène, étincelante de caractère et de rythme.

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