Un Triptyque de choix à Metz

Emmanuel Andrieu 10/10/2016
Les représentations des trois volets du Triptyque de Puccini en une soirée sont assez rares, Gianni Schicchi étant plus fréquemment représenté que Suor Angelica ou Il tabarro. On saluera donc l’initiative de l’Opéra de Metz qui, en coproduction avec les Opéras de Maribor (Slovénie) et Tours, a proposé les trois ouvrages à la suite.

Puccini, on le sait, caressa pendant près de vingt ans le projet de réunir, en une même soirée, trois opéras en un acte exprimant les trois registres fondamentaux du langage théâtral : tragique, lyrique et comique. Il finit par le concrétiser sous la forme d’Il trittico, créé au Metropolitan Opera de New-York en décembre 1918. D’emblée, le compositeur se montra hostile à l’éclatement de son triptyque, l’unité de l’ouvrage résidant selon lui dans le contraste entre les différents sujets et leur traitement musical. Il ne put malheureusement l’empêcher et aujourd’hui encore, la représentation des trois volets enchaînés demeure assez rare.

A Metz, le maître des lieux, Paul-Emile Fourny situe l’action des trois intrigues à l’époque de la composition des ouvrages. Les décors de Patrick Méeüs sont certes traditionnels, mais sans rien de statique, ni de poussiéreux : on sent d’emblée la présence de la Seine dans Il tabarro et la tranquillité du couvent dans Suor Angelica. Méeüs signe aussi les éclairages qui sont essentiels dans l’évocation des atmosphères. Les trois ouvrages sont reliés par la présence du même dispositif scénique – un large plateau incliné – et surtout par la présence (symbolique) de l’eau qui court tout autour de celui-ci : l’eau de la Seine dans Il tabarro (et dans laquelle Michele noie Luigi), cette même eau qui sert de poison pour le suicide de Suor Angelica, et enfin celle des égouts de Florence, puisque Fourny transpose l’action de Gianni Schicchi  dans une cave sordide plutôt qu’une riche demeure bourgeoise.

La distribution vocale n’appelle que des éloges. Le baryton italien Michele Govi domine l’ensemble, en passant avec maestria de la fureur criminelle de Michele à la rouerie très latine de Gianni Schicchi. Artiste chouchou de la maison, la soprano italienne Francesca Tiburzi relève le défi que constitue le rôle de Giorgetta, avec sa voix chaleureuse et corsée. La soprano française Cécile Perrin – Turandot sur cette même scène il y a deux saisons – incarne une Suor Angelica touchante et expressive, mais son vibrato parfois envahissant et quelques aigus acides viennent toutefois ternir la prestation. L’enfant du pays Florian Laconi est un Luigi éclatant et un Rinuccio de grand relief, d’une véhémence qu’il devrait toutefois (mieux) maîtriser. De son côté, la soprano russe Maria Bochmanova confère tout leur caractère aux personnages de Suor Genovieffa et de Lauretta. Il convient enfin de mentionner la jeune mezzo française Marion Lebègue, présente dans chacun des volets de ce triptyque, et qui offre une composition percutante de ses trois personnages (Frugola, Zia Principessa et Zita). Les seconds rôles sont tous très bien tenus.

A la tête d’un Orchestre national de Lorraine en belle forme, le jeune chef espagnol José-Miguel Pérez-Sierra montre d’évidentes affinités avec ce Puccini. Il parvient à restituer à ces trois bijoux, d’un raffinement extrême dans l’écriture, une précision, une clarté et un éclat admirables, sans jamais négliger leur infinie palette de coloris, ni la tension névrotique qui les sous-tend. (4 octobre)

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