Monsieur Beaucaire de Messager à Radio France

L’opérette romantique Monsieur Beaucaire d’André Messager n’avait pas revu le jour depuis belle lurette. C’est à l’initiative combinée de l’Opéra-Comique et de France Culture que ce petit bijou d’humour historique (anachronique) et de tendresse a retrouvé l’affiche au studio 104 de la maison de la Radio, en version radiophonique.

Monsieur Beaucaire est l’un des grands succès d’André Messager, immense chef d’orchestre et père de la célèbre Véronique. Grand succès remporté outre-Manche, en Angleterre, où Messager a été directeur musical de Covent Garden de 1901 à 1908. Il s’agit d’une opérette franco-britannique, écrite à l’origine en anglais, d’après un roman de l’américain Booth Tarkington, créée à Birmingham en 1919, puis en France, en français, en 1925 au théâtre Marigny. Il s’agit d’un joli pied-de-nez à l’histoire des deux nations, puisque Messager y évoque une “entente cordiale” alors que la scène se déroule à la fin du règne de… Louis XIV ! L’opérette met en scène un barbier français, Monsieur Beaucaire, qui s’avère être, en fait, le duc d’Orléans en personne, frère du roi et futur régent, qui trouve amusant de se faire passer pour un roturier, puis pour un faux noble du nom de Chateaurien, pour infiltrer la noblesse de Bath et y trouver l’amour vrai et sincère. Il risque ainsi sa vie plutôt que de dévoiler sa véritable identité d’emblée et de risquer de tomber sur une femme vénale et intéressée. On y retrouve toutes les caractéristiques de la musique de Messager : cette légèreté aux couleurs pastelles, l’art de la prosodie doucement cocasse et une tendresse infinie.

C’est une version radiophonique que proposaient les comédiens du service des fictions de France Culture, avec un bruiteur en simultané, le Chœur et l’Orchestre philharmonique de Radio France, et un plateau vocal de rêve pour ce répertoire, à commencer par la magnifique Anne-Catherine Gillet en Lady Mary. Une diction à faire pâlir un écran de surtitrage, un vibrato serré, extrêmement dynamique, et une manière de donner vie à son personnage, jouant des intonations et des nuances avec beaucoup de justesse. Jean-François Lapointe offrait en face un Beaucaire tout aussi dramatique, lui aussi très attentif au texte et à ses multiples saveurs, notamment dans le très beau Duo de la rose qui les unissait à merveille. Citons aussi la superbe Jodie Devos en Lady Lucy, chatte à souhait dans son rôle d’amoureuse sucrée, faussement en colère contre son amant, Philippe Molyneaux. Un amant servi par le ténor léger de Julien Behr, lui aussi très à son aise dans ce répertoire. Le baryton-basse Jean Teitgen incarnait un Duc de Winterset parfaitement sombre et revanchard, flanqué de son acolyte le capitaine Badger, chanté (et joué) par le meilleur des acteurs comique du genre : le baryton Franck Leguérinel.

L’Orchestre philharmonique de Radio France, toujours impeccable, était dirigé par Sébastien Rouland. Beaucoup de suavité et un grand sens du détail qu’aurait sans doute rehaussé un zeste de souplesse et de malice supplémentaires. Même en travaux, l’Opéra-Comique a donc quand même réussi à jouer son rôle à fond, en redonnant vie à ce petit joyau drolatique d’André Messager, qu’on ne rêve plus, désormais, que de revoir en version scénique ! (16 octobre)

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