Lohengrin de Wagner en concert à Montpellier

Emmanuel Andrieu 18/10/2016

Après Angers Nantes Opéra le mois dernier, c’est l’Opéra de Montpellier qui vient de se lancer dans l’aventure de Lohengrin (en version concertante), avec un résultat particulièrement enthousiasmant. Une soirée portée à bout de bras par Michael Schonwandt. 

 

A tout seigneur tout honneur, il convient de saluer l’extraordinaire travail effectué par le chef principal de l’Orchestre national de Montpellier. La phalange, qui s’est surpassée comme jamais, a atteint un incroyable degré de beauté sonore lors de cette unique exécution de l’ouvrage de Wagner (la première prévue ayant été annulée suite à l’alerte météo déclenchée dans le département...). Après une Prélude d’un extrême raffinement, le chef danois privilégie une conception toute symphonique de Lohengrin, avec un souci particulier accordé aux détails instrumentaux. Un simple coup de timbales, un solo d’instrument à vent s’extrayant de la ligne vocale, tel un rayon de lumière, suffisent à plonger l’auditeur au cœur de l’œuvre. Constamment couvés du regard par le chef, les chanteurs gagnent aussi en fluidité dans le phrasé, au fil de dialogues intimes d’une urgence et d’une intensités rares. L’équilibre entre fosse et plateau tient ainsi du miracle, et avant d’en arriver aux chanteurs, saluons avec chaleur les chœurs conjugués de l’Opéra de Montpellier et d’Angers Nantes Opéra qui font montre de beaucoup de force et d’expressivité, de cohérence et d’engagement, dans une partition qui les sollicite souvent au cours de la soirée. 

Valérie Chevalier – directrice de l’institution occitanienne – a su réunir un plateau vocal propre à rendre justice au chef d’œuvre wagnérien, à commencer par la soprano britannique Katherine Broderick, Elsa vibrante et passionnée, au timbre épanoui et chatoyant, à l’émission d’une superbe égalité et à l’expression d’une bouleversante immédiateté. Elle recueille les vivats les plus nourris au moment des saluts, et s’impose comme l’une des grandes Elsa de notre époque.

Elle trouve dans le ténor autrichien Norbert Ernst un partenaire à sa mesure et un Lohengrin sur lequel il faudra également compter : il prête son timbre clair et chaleureux à la figure mystérieuse du Chevalier au cygne, et se joue de la tessiture inhumaine du rôle, avec une voix qui s’épanouit progressivement pour s’enrichir de couleurs superbes à l’acte III, là où maint titulaires habituels arrivent en général épuisés. 

La soprano allemande Katrin Kapplusch – déjà Turandot la saison dernière in loco – possède également une voix de dimension wagnérienne, à même de rendre justice au personnage d’Ortrud. Certes, on peut parfois craindre que son vibrato ne devienne envahissant, mais ses accents dramatiques sonnent si juste que son incarnation ne vire jamais à la caricature tonitruante. 

Vieil habitué du rôle, Gerd Grochowski campe un Telramund fruste et dominé, mais la voix se montre désormais parfois surmenée par l’écriture de cette partie. La basse hongroise Levente Pall, malgré son jeune âge, impose un Roi superbe de prestance, avec un registre aigu néanmoins encore fragile, tandis que l’excellent baryton français Alexandre Duhamel offre à entendre un Hérault énergique et sonore. (17 octobre)

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