Automne musical en Touraine

Suzanne Gervais 02/11/2016

La première édition des Concerts d’automne de Tours, organisée par le musicologue Alessandro Di Profio, s’est achevée dans un Grand-Théâtre comble, avec un programme aussi original que séduisant.

Le concert concluait les trois week-end de ce festival de musique ancienne, qui accueillait à Tours les ensemble Doulce Mémoire, Diabolus in Musica, Jacques-Moderne, Consonnance, La Venexiana ou encore le Concerto Köln. Le public était au rendez-vous ! 

Les instrumentistes de l’ensemble Arpeggiata accompagnaient avec beaucoup de peps, sous la houlette de la théorbiste Christina Pluhar, le quatuor vocal corse Barbara Furtuna, la soprano Nuria Rial et l’alto Vincenzo Capezzuto. Intitulé “Via Crucis”, le programme retrace les épisodes de la vie du Christ, de l’Annonciation à la Crucifixion, et associe de poignants extraits de chants traditionnels de la Semaine sainte corse à des airs de Cazzati, Merula, Ferrari, Mealli et Sances et à des tubes du folklore sacré italien. En somme, un condensé d’oratorio méditerranéen, mi savant, mi populaire.

Le fil musical n’est jamais interrompu, et les œuvres s’enchaînent, reliées par les arpèges des guitares baroques et le continuo de l’orgue positif : un choix subtil qui sert la narration, portée par les qualités théâtrales de chanteurs. Côté corse, Maria le sette spade, Suda Sangue ou encore le poignant Lamentu di Ghjesu – des chants entonnés lors des processions religieuses rurales – sont servies par les timbres colorés des quatre voix d’homme : les harmonies sont délicieusement archaïsantes, l’influence de l’Orient est prégnante. Maxime Merlandi fait preuve d’une agilité vocale déconcertante dans des lamentations mélismatiques à souhait. Les nuances sont impressionnantes de délicatesse. Pathos certes, mais bon goût! Parenthèse instrumentale, L’Annonciation de Biber permet d’apprécier les talents d’improvisatrice de la violoniste Veronika Skuplik.

La Corse voisine avec l’Italie. La soprano Nuria Rial, à l’émission claire et moirée, interprète une charmante berceuse populaire, Ninna nanna alla Romanesca avec l’alto Vincenzo Capezzuto. Les deux voix, à la tessiture proche mais aux couleurs fort distinctes, se marient parfaitement, avec un grand naturel. La soprano brille dans le doux Hor ch’è tempo di dormire et ne fait qu’une bouchée des vocalises du Queste pungente spine de Ferrari. On aurait aimé davantage d’intensité dramatique dans le Stabat Mater de Stances. A saluer également : les contrechants impeccables du corniste à bouquin Doron Sherwin. L’instrumentarium était doté d’un psaltérion (Margit Übellacker), ancêtre du xylophone, au doux timbre proche de la cithare.

Tonnerre d’applaudissement pour les musiciens, qui entonnent deux bis consécutifs où le corniste surprend délicieusement le public... en donnant de la voix avec les solistes ! (29 octobre)

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