L’Enfant et les Sortilèges à l’Opéra de Lyon

Emmanuel Andrieu 08/11/2016
En partenariat avec l’auditorium de Barcelone, l’Opéra de Lyon a présenté L’Enfant et les Sortilèges de Ravel, une version scénique qui prend appui sur les nouvelles technologies. Le résultat a enchanté petits et grands.

L’Opéra de Lyon est allé chercher un spécialiste de la vidéo et des effets spéciaux, Grégoire Pont, qui n’en était pas là à son coup d’essai (Ma mère l’Oye à Londres, les Gurre-Lieder à Göteborg, La Mer à Tokyo...). Son objectif est de transmettre la musique classique aux enfants en utilisant l’animation, grâce à un système basé sur la synesthésie : il dessine et anime en direct des images au moment même où la musique surgit. Pendant l’Ouverture, l’immense écran de tulle qui sépare la scène de la salle reçoit bientôt des petits points qui sont comme des lucioles dans la nuit. Suivent des images dont la poésie le dispute à la beauté. Parfois simplement décorative, comme quand des guirlandes de fleurs accompagnent l’arrivée des bergers, la vidéo se fait parfois plus profonde et grave, comme cette fugace allusion à l’absence du père, vraisemblablement mort au combat, et qui est une explication psychologique possible à la violence de l’Enfant. La vidéo envahit également parfois la salle, pour une immersion plus complète du public, avec des projections de chiffres ou de grenouilles sur les six rangées de balcons. Fasciné, le public – pourtant composé pour une bonne moitié d’enfants – est incroyablement silencieux, mais se déchaîne en cris de toutes sortes à l’issue du spectacle.

Issus essentiellement du Studio de l’Opéra de Lyon, les jeunes artistes convainquent pleinement, vocalement parlant, et se montrent par ailleurs tous excellents comédiens, sous la direction de James Bonas. Dans le rôle de l’Enfant, la mezzo écossaise Katherine Aitken est dotée d’un physique idéal et s’avère fort bien chantante : elle offre un poétique « Toi, le cœur de rose », avant un très touchant appel final, « Maman ! ». Le timbre sombre et velouté à la fois d’Eléanore Pancrazi colle parfaitement au personnage de Maman (elle est également la Tasse chinoise et la Libellule), tandis que le ténor suisse André Gass est aussi impayable dans la partie de la Théière que celui du Vieillard arithméticien, tout en faisant montre de beaucoup de mordant dans l’émission. Les superbes graves de Thibaut de Damas sont un pur régal dans les parties respectives du Fauteuil et de l’Arbre, qu’il interprète de manière très sensible. L’Espagnole Rocio Perez, malgré un accent parfois prononcé, révèle de belles qualités de fraîcheur dans la voix et de virtuosité dans l’aigu, dans les triples personnages du Feu, de La Princesse et du Rossignol. Des autres comprimari, citons Catalina Skinner-Moreno (Chatte, Pâtre et Ecureuil), Pierre Héritier (Chat et Horloge), Pauline Rouillard (Pastourelle et Chauve-Souris) et enfin Alix Le Sault (Bergère et Chouette) : tous semblent promis à un bel avenir.

A la tête de l’Orchestre de l’Opéra, le chef britannique Martyn Brabbins livre une direction pleine d’entrain et de vitalité, superbe jusque dans les infimes détails. Il est magnifiquement secondé par des pupitres d’une précision irréprochable, dont il faut distinguer la flûte d’Anna Stavelova et la clarinette de Sandrine Pastor. (4 novembre)

 

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous