A Paris, les harmonies spatiales de l’Ensemble intercontemporain

Suzanne Gervais 16/11/2016

“Mécaniques célestes” : ce titre illustrait à merveille le programme Lazkano et Pintscher, proposé par l’Intercontemporain à la Cité de la musique, dans le cadre du Festival d’automne de Paris. Un concert millimétrique et poétique.

Les timbres rauques et graves de la clarinette et de la flûte basses sont associés à un piano presque debussyste dans Errobi-2 de Ramon Lazkano, invité du festival. Imperceptibles, les salves de notes sont susurrées, des souffles mystérieux émanent de la flûte. Discrète, la clarinette ose quelques percées mélodiques. Les musiciens appâtent l’auditeur intrigué : sous un vernis statique, on perçoit un torrent de notes pianissimo, un imperceptible grouillement. Voilà une architecture savante qui suscite l’imagination. Les yeux fermés, on se croirait… seul sur Mars !

Les trois autres pièces au titre basque du compositeur – Egan-3 et -4 et Izarren Hausta – plongent elles-aussi dans un univers sonore bruissant et infinitésimal. Les trois musiciens sont rejoints par l’accordéon, les cordes, la harpe et les percussions, dont il faut saluer la performance. La précision des bruitages auxquels se livrent les instrumentistes, véritables prouesses techniques, est renversante : on entend le vent, le sable, les feuilles. La direction de Matthias Pintscher, toute en délicatesse, fait éclore un lyrisme captivant de l’infiniment petit. Avec une précision chirurgicale, les musiciens s’emparent de ces pages ludiques, véritable laboratoire acoustique. 

La seconde partie est consacrée au triptyque Sonic Eclipse de Matthias Pintscher. Les trois mouvements, Celestial objet I et II puis Occultation, forment une pièce abstraite et compacte, qui convoque notre imaginaire cosmologique. Les percussions sont au premier plan, la trompette et le cor se partagent les parties solistes, alternant longues lignes mélodiques et flatterzunge expérimentaux. Un raffinement maniaque est apporté aux textures instrumentales, Pintscher joue avec les silences – moments de vide angoissants – et la cacophonie des cuivres et des cordes qui procède par flux et reflux.

Lorsque des pièces contemporaines, bien qu’abstraites et complexes, suscitent la curiosité et réveillent l’imagination de l’auditeur... on en redemande ! (15 novembre)

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