Nouvelles contraintes sur le commerce du palissandre

Marc Rouvé 16/11/2016
La Cites, organisation internationale en charge de la préservation des espèces (faune et flore), classe celles-ci dans trois types d’annexes (I, II, III) selon la gravité de la menace d’extinction qui pèse sur elles.
Ainsi, depuis 1992, le Dalbergia nigra (palissandre du Brésil) est classé en annexe I, ce qui signifie que tout commerce de bois coupés après cette date est interdit, tandis que les bois plus anciens peuvent être commercialisés à condition d’avoir un certificat Cites. Les luthiers (essentiellement en guitare classique très haut de gamme) ont su s’adapter à ces contraintes car leurs besoins, assez faibles, leur permettent de travailler avec les stocks existants.
Jusqu’à présent, les autres essences de la famille du palissandre étaient épargnées par ces contraintes. Une période bientôt révolue puisque la conférence Cites qui s’est tenue à Johannesburg (Afrique du Sud), du 24 septembre au 5 octobre, a classé l’ensemble du genre Dalbergia à l’annexe II de la Cites. Cette famille comprend notamment l’ébène du Mozambique (Dalbergia melanoxylon), utilisée pour la fabrication des clarinettes et hautbois, instruments pour lesquels la facture instrumentale française excelle sur le marché international (Buffet Crampon, Henri Selmer Paris, Marigaux, Lorée de Gourdon, Rigoutat). L’inscription à l’annexe II n’empêche pas la commercialisation, mais alourdit considérablement les procédures puisque chaque instrument exporté hors de l’Union européenne nécessitera un certificat Cites, délivré après avoir rempli un formulaire en ligne. Seule exception : les produits finis dont le poids est inférieur à 10 kilos et ne faisant pas l’objet d’une commercialisation. Les musiciens pourront donc voyager tranquilles.
La mise en œuvre de cette décision dès janvier 2017 suscite quelques craintes chez les fabricants, d’autant plus qu’on parle de délai d’autorisation pouvant atteindre un mois ! L’ébène du Mozambique n’est pas en danger, notamment parce que, depuis déjà des années, la filière a mis en place de bonnes pratiques afin de replanter un arbre pour chaque arbre coupé, et qu’elle ne prélève du bois que dans des zones bien définies. Mais dans un souci de simplification (et parce que les multiples essences de Dalbergia sont difficilement différenciables les unes des autres, notamment par les douaniers), la conférence Cites a décidé de classer l’ensemble de la famille en annexe II. Reste l’espoir que la prochaine conférence (en 2019 au Sri Lanka), étende la dérogation pour les objets de moins de 10 kilos à leur commercialisation. En attendant, les champions de la facture instrumentale française et tous les artisans devront remplir du formulaire… Même si c’est pour la bonne cause, la simplification n’est pas vraiment en marche.
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