Le musicien sur les réseaux sociaux

Suzanne Gervais 07/12/2016
Il tweete, poste selfies et photos de répétitions sur Instagram, annonce ses concerts sur Facebook… Le musicien classique est de plus en plus actif sur les réseaux sociaux.
Une présence anecdotique ? Le dynamisme numérique de ses interprètes renouvelle l’image de la musique en queue-de-pie. « La musique classique n’est pas spontanément associée aux réseaux sociaux, qui renvoient à une culture adolescente jugée futile », explique le sociologue Stéphane Hugon. Or, créer une page Facebook officielle est une étape obligée dans la communication d’un soliste ou d’un ensemble et partager son quotidien de musicien sur Instagram séduit de plus en plus. Sur France Musique, le ténor Roberto Alagna déclarait ainsi nouer une relation privilégiée avec ses fans grâce aux réseaux sociaux. Placido Domingo (plus d’un million de “j’aime” sur Facebook et 76 300 followers sur Instagram) poste quotidiennement sur ses réseaux : essayages de costumes, photos de ses petits-fils, vœux de fin d’année, vacances italiennes en tongs… Le mélomane découvre alors son soliste ou son quatuor préféré loin du cérémonial codifié de la salle de concert.

Contre l’isolement

Le violoncelliste Edgar Moreau, 22 ans, abreuve ses followers de “View from the backstage “et autres clichés pris en tournée, sous le pseudonyme de Edgarcello. La pianiste Béatrice Rana, 23 ans, estime que les réseaux sociaux sont très importants dans la vie d’un soliste : « Je voyage beaucoup. Ils me permettent de ne pas me sentir isolée et de rester connectée au public. » Facebook et Twitter sont les outils d’une communication officielle et factuelle, tandis qu’Instagram « est un vrai journal intime. J’y poste des photos très personnelles. C’est surtout un moyen de montrer qu’on est humains et qu’on ne passe pas notre vie derrière notre instrument », assure-t-elle. Virtuoses… mais connectés !
Même Daniel Barenboïm, 74 ans, poste sur Instagram depuis août 2015. Son compte rassemble 23 300 abonnés qui likent des photos du maestro en pleine séance de maquillage, des clichés en noir et blanc de son enfance… Renaud Capuçon est, lui aussi, très actif : « J’ai un usage différent de chaque réseau social, explique le violoniste. Facebook est très professionnel : annonces de concerts, sorties de disques. C’est Twitter que j’utilise le plus : mes posts y sont plus personnalisés. Sur Instagram, je partage des impressions, des photos des magnifiques endroits que j’ai la chance de voir ! » Sur son compte : parties de tennis, passage chez le coiffeur, promenade en bateau, après-concert avec Maxim Vengerov et Martha Argerich et, bien sûr, son violon hashtagé #Guarnerius #Delgesu. Même générosité numérique chez son frère Gautier, dont le compte Instagram fédère 10 500 abonnés. La soprano Anna Netrebko a choisi un pseudonyme familial : anna_netrebko_yusi_tiago (les prénoms de son mari et de son fils). Son compte, où elle poste pêle-mêle photos de famille et s’adonne au foodporn (photographier le contenu de son assiette) est suivi par quelque 127 000 personnes. Que mange une diva ? Ses abonnés ont la réponse. La musique classique serait-elle en voie de pipolisation ?

Cartes de visite

Le quatuor Modigliani est sur Facebook depuis trois ans. « Facebook nous permet de partager l’actualité de notre quatuor. C’est là que nous avons décidé, fin octobre, d’annoncer le départ de Philippe Bernhard [premier violon] et l’arrivée d’Amaury Coeytaux, explique le violoncelliste François Kieffer. La réaction a été immédiate : plus de 400 personnes ont commenté la nouvelle ! Nous gérons nous-mêmes nos réseaux sociaux : la communication avec le public est directe. » Ils ouvrent leur compte Instagram en 2015. L’ambiance est plus décontractée… et permet de voir du pays ! Couchers de soleil en Corée ou en Chine, pause fast-food à l’aéroport d’Atlanta ou dégustation d’huîtres à Arcachon… « C’est une façon de donner de nos nouvelles à nos proches lors de nos tournées, et de créer une relation sympathique avec les gens qui nous suivent. Les réseaux sociaux sont une carte de visite : les organisateurs s’y tiennent informés de nos activités. »
Les solistes sont unanimes : les réseaux sociaux leur permettent de partager leur quotidien en tournée, exigeant et solitaire, entre aéroports et chambres d’hôtel. Discrète, la violoniste Hilary Hahn a choisi de publier sur Facebook, Instagram et Twitter… en laissant parler son étui à violon ! HilaryHahnViolinCase, “étui officiel du violon de Hilary Hahn”, raconte donc, en images, le quotidien de la musicienne. Photos de l’étui à l’aéroport, dans une loge, au restaurant après le concert, au musée… On y trouve des clichés d’Hilary en répétition, mais aussi avant un footing, en chaussons avec son chat ou le visage enduit d’un masque hydratant. Les pérégrinations de son étui rassemblent plus de 70 000 abonnés sur Twitter, 30 000 sur Instagram.

Le réseau social permet une communication plus importante sur la musique classique, qui n’intéresse (hélas) pas toujours les médias. Les comptes des musiciens rassemblent essentiellement des communautés de mélomanes, mais « le réseau social peut aussi permettre aux non-initiés d’accéder à la musique et leur donner envie d’aller au concert », admet Stéphane Hugon. Le risque ? « Communiquer trop, et trop hâtivement, explique François Kieffer. Il faut savoir laisser de l’air au public ! »
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