Musique au collège: de nouveaux programmes

Nouveaux programmes, nouvelles définitions des apprentissages, introduction de l’histoire des arts, la rentrée 2009 se signale par des changements dans les cours d’éducation musicale au collège. Vincent Maestracci, inspecteur général de l’Education nationale, nous indique les raisons de cette évolution.
La rentrée 2009 voit l’entrée en application des nouveaux programmes d’éducation musicale, avec une nouveauté importante: le développement de l’histoire des arts. Il semble qu’il y ait une différenciation à faire entre histoire des arts et histoire de l’art...
La distinction entre histoire de l’art et histoire des arts est très simple. L’histoire de l’art se préoccupe essentiellement des "beaux-arts", de la peinture à l’architecture, finalement cantonne sa recherche aux différents enjeux et aspects des arts visuels. L’histoire des arts embrasse un spectre bien plus large : arts de l’espace, arts du langage, arts du quotidien, arts du son, arts du spectacle vivant, les arts du visuel (selon la typologie proposée par le texte de référence). En d’autres termes, danse, théâtre, cinéma, design... Ensemble considérable, certes, mais dont la prise en compte des interactions ouvre des pistes pédagogiques nouvelles où les vertus d’interface de la musique ne peuvent que conférer un rôle majeur à l’éducation musicale.

A la place des modalités du programme précédent (chanter, écouter, jouer), le nouveau texte privilégie deux compétences génériques : percevoir et produire. Quelles en sont les conséquences?
Cette évolution s’inscrit dans la philosophie de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005 (article 9 - socle commun de compétences et de connaissances) et, plus largement, participe d’un mouvement qui marque l’évolution de tous les systèmes éducatifs européens : dans un monde d’abondance de l’information, des connaissances structurées sont toujours indispensables, mais il est urgent de développer les compétences qui permettront de gérer et tirer parti de cette profusion.
Par ailleurs, un souci de clarification a conduit à structurer le programme en deux grands volets complémentaires, percevoir et produire. Ainsi, enseigner la musique au collège, c’est apprendre à l’écouter et à en percevoir les éléments constitutifs, et c’est aussi apprendre à en faire avec des moyens appropriés au cadre collectif et scolaire. Cette évolution doit permettre aux professeurs comme aux élèves de mieux répondre à la question « Pourquoi la musique ? » au sein de la formation générale. Elle doit aussi, au-delà des inquiétudes compréhensibles provoquées par cette évolution, aider à la construction des démarches pédagogiques (meilleure identification des objectifs de chaque séquence) et à la motivation des élèves qui sauront davantage le pourquoi des exigences formulées par le professeur.
Produire de la musique à quelque niveau que ce soit exige une perception aiguisée. Ainsi, si le programme distingue deux volets complémentaires, il souligne aussi leur interaction. L’unité pédagogique est la séquence (ensemble de séances successives d’éducation musicale) qui, au bénéfice des compétences visées et préalablement choisies au sein du programme, s’appuie sur la réalisation d’un projet musical et sur l’étude approfondie d’une œuvre de référence.

Ces nouveaux programmes sonneront-ils, comme on le dit, le glas de l’utilisation de la flûte comme pratique instrumentale?
Le programme, publié maintenant il y a plus d’un an, est précis sur ce point. Après avoir présenté les enjeux et objectifs qui justifient de travailler à la réalisation de projets musicaux avec les élèves, il précise en complément que la réalisation d’un projet musical « ne peut justifier une pratique instrumentale développée pour elle seule et installée dans la durée et la régularité du temps scolaire ». Ainsi les choses sont-elles claires : une pratique instrumentale - quel qu’en soit l’instrument support - considérée comme activité autonome poursuivant ses propres objectifs n’a plus sa place au sein de l’éducation musicale au collège. Et ceci au bénéfice d’un travail artistiquement plus abouti, plus exigeant, essentiellement basé sur les pratiques vocales, visant à multiplier les expériences maîtrisées de réalisations musicales collectives.

L’œuvre de référence étudiée à chaque séquence est au cœur des apprentissages. Les textes insistent sur la diversité des œuvres à étudier. Quel est le bon dosage, sans tomber dans la démagogie?
Le programme insiste à plusieurs reprises sur la nécessité d’éduquer à la diversité des musiques d’aujourd’hui, d’hier, d’ici et d’ailleurs. Dans un moment de notre culture marqué par l’abondance et l’hétérogénéité des expressions, notamment artistiques, qui nous sont accessibles, le respect de cette exigence devient une nécessité impérieuse. Bien entendu, si l’on en reste à une année scolaire, à raison d’une œuvre par séquence et de cinq séquences dans l’année, le compte n’y sera pas... En revanche, si l’on pense plus large - quatre années de collège, cinq à sept séquences dans l’année, diversité des répertoires à la base des projets musicaux, œuvres de référence mais aussi écoutes périphériques -, il devient plus sûrement possible de relever ce défi.
Dans tous les cas, le collège n’est pas l’université et encore moins toute une vie de mélomane curieux qui ne cesse d’enrichir et de diversifier sa culture. Il ne peut à lui seul tout donner à connaître, découvrir, aimer... En revanche, il doit absolument apporter à l’élève cette envie de découvrir, d’entendre, d’apprendre la musique et les arts, cette conscience de la diversité des cultures qui ne peut que lui permettre de mieux identifier celle dont il est issu. Si l’école y réussit, elle aura joué son rôle.
Ainsi, quantifier une fois pour toutes un équilibre entre références musicales, qu’elles soient savantes ou populaires, anciennes ou modernes, occidentales ou non occidentales, est non seulement impossible mais dénué de sens. Le professeur, conscient de sa responsabilité et des objectifs poursuivis par la mission qui lui est confiée, doit construire sans cesse des parcours équilibrés dans la diversité des œuvres.

La mise en perspective des œuvres étudiées permet à l’élève de développer sa conscience stylistique et historique ; la chronologie est donc, comme beaucoup le pensent, un élément structurant...
Elle l’est incontestablement ! En même temps, nous nous appuyons sur un enseignement plus que séculaire pour penser aujourd’hui cette préoccupation chronologique. Par exemple, les programmes de musique de 1925 déroulaient l’histoire de la musique au fil de la scolarité en des ensembles parfaitement étanches les uns par rapport aux autres. En 1947, il en était encore de même. Mais depuis la fin des années 50, les programmes ont progressivement évolué afin de permettre des allers et retours dans l’histoire et ainsi ancrer plus sûrement les références dans l’intelligence sensible des élèves.
Le nouveau programme porte haut cette préoccupation d’une éducation à la chronologie. En même temps, il encourage ces démarches prospectives et récurrentes qui, partant d’un point, regardent vers son amont ou son aval. Afin d’aider le travail des professeurs et garantir la diversité des références rencontrées par les élèves comme les liens qu’elles entretiennent, le programme propose un outil qui a vocation à être développé de diverses façons par les professeurs, voire utilisé par les élèves eux-mêmes (voir tableau des œuvres étudiées au collège).

La session 2010 du diplôme national du brevet verra la création d’une épreuve « visant à sanctionner les connaissances et les compétences artistiques dans le domaine de l’histoire des arts ». Concrètement, comment se déroulera cette épreuve et comment la préparer ?
Au titre de la prochaine session du brevet, cette épreuve sera expérimentale. Les élèves pourront ou non décider de la présenter. Au terme de cette expérimentation, la forme en sera ajustée. Pour la session 2010, il s’agira pour l’élève de présenter oralement, durant une séquence d’enseignement, devant ses camarades et au moins deux professeurs dont un d’une discipline artistique, le fruit d’un travail relevant du champ de l’histoire des arts. Il s’agira donc d’un exposé sur un sujet qui aura nécessairement quelques liens avec le travail mené durant l’année au titre de l’histoire des arts.
L’évaluation se construira en référence aux compétences visées par l’enseignement de l’histoire des arts et précisées par le texte fondateur (Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008). Elle sera placée sous la responsabilité des professeurs jurés qui, connaissant le parcours de l’élève durant l’année scolaire, sauront pondérer leur appréciation en fonction de la réussite globale de l’élève en ce domaine tout au long de l’année.

Le texte précise que « les élèves pourront également valoriser une pratique artistique personnelle développée dans ou en dehors de l’école ». Tous les élèves ont-ils les mêmes chances?
Rien n’est aujourd’hui prévu ni envisagé sur ce point. Et comme vous le soulignez, cela poserait un délicat problème d’équité de traitement des candidats...

Ces nouveaux programmes sont très ambitieux. Pour autant, on ne parle pas d’augmentation du temps hebdomadaire...
On peut effectivement le regretter... Mais toutes les disciplines déplorent parallèlement le faible temps hebdomadaire dont elles disposent... Et pourtant, la France est le pays d’Europe ou le temps scolaire hebdomadaire est le plus important. Durée des vacances scolaires, nombre de disciplines enseignées, statut des professeurs, organisations familiales et sociales dominantes sont autant de clefs pour faire évoluer cette situation. Aux autorités politiques d’éventuellement décider d’une évolution de ce subtil équilibre.
Cependant, l’expérience cumulée des inspecteurs - qui, à eux tous et en une seule année, observent près de 1 500 séances d’éducation musicale au collège - nous apprend que, même dans un cadre contraint, il y a toujours matière à améliorer l’enseignement dispensé. Cette année particulière qui voit la première mise en œuvre d’un nouveau programme est une opportunité à ne pas manquer. Nous nous y attacherons tous!

L’Education nationale et les JMF ont signé une convention destinée à promouvoir les concerts et les spectacles pendant le temps scolaire. Ce programme est-il opérationnel?
Cette nouvelle convention avec les JMF a été signée le 15 septembre 2008. Il s’agit de renouveler le partenariat ancien et de qualité entre les JMF et le ministère pour développer la quantité et la visibilité des spectacles musicaux tournés vers les publics scolaires. Les JMF ont une expertise incontestable en cette matière et sont solidement implantées sur l’ensemble du territoire. Comme, par ailleurs, de nombreux acteurs du spectacle vivant musical ont développé ces dernières années des politiques tournées vers l’école, il s’agit de tenter de fédérer ces actions et de les réunir sous un seul et même label. Celui-ci devra donner une visibilité accrue à des actions riches mais insuffisamment lisibles aujourd’hui, au bénéfice d’une éducation musicale de tous les élèves passant davantage par l’expérience du spectacle vivant.
La structuration de ce dispositif est en cours. Effective dans le premier degré, elle s’organise progressivement dans le second degré. Les professeurs du secondaire seront progressivement informés des organisations mises en place et, surtout, seront destinataires d’une offre accrue de spectacles musicaux "labellisés" de nature à nourrir très directement les pédagogies qu’ils mettent en œuvre.

De même, on annonce un partenariat entre l’Education nationale et France Musique destiné à développer des informations pour les professeurs sur le site web de la station...
Ce même 15 septembre 2008 ont été signées d’autres conventions nationales. Avec France Musique, certes, mais également Radio classique, la Cité de la musique, l’Ircam ou le Hall de la chanson. Dans tous les cas, il s’agit de faire se rejoindre responsabilités et préoccupations portées par différents partenaires au bénéfice de l’éducation musicale des jeunes publics. Les formes de ces partenariats sont nécessairement diverses, construites sur les modalités d’action propres à chaque partenaire.
Concernant France Musique, les projets sont nombreux et certains ont d’ores et déjà été réalisés. Accompagnement de la préparation des épreuves du baccalauréat par des émissions dédiées aux œuvres au programme, journée spéciale sur l’éducation musicale, tribunes des critiques associant des lycéens. D’autres projets sont en cours qui, je l’espère, se concrétiseront tout au long de l’année scolaire. L’espace pédagogique du site de France Musique en portera certainement la trace tout en proposant d’autres documents issus des très riches archives de la station et pouvant immédiatement intéresser les professeurs. Reste que les espaces dédiés aux jeunes publics sur les sites des institutions culturelles se multiplient. Nous devons alors nous interroger sur la façon de rendre lisible, efficace et aisément mobilisable cette somme d’informations. Que l’Education nationale développe un partenariat avec une grande station du service public devrait permettre de construire une référence, sinon un modèle en la matière...

(sur le même sujet voir également LM369, LM352, LM338, LM330, LM327, LM323)

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