Les débuts parisiens de Micah McLaurin, au musée Dapper

Originaire de Caroline-du-Sud, le pianiste, encore étudiant au Curtis Institute de Philadelphie, a déjà remporté plusieurs prix aux Etats-Unis. En 2012, à 17 ans, il était invité par l’Orchestre de Cleveland. Dans l’auditorium du musée Dapper, musée consacré aux arts africains, il donnait hier, sur un Fazioli, son premier récital à Paris.
Remarqué lors de la dernière édition du concours Marguerite-Long, qui n’eut pas la clairvoyance de le récompenser, Micah McLaurin est incontestablement doué. Solide au plan technique, concentré, mûr déjà pour son âge (22 ans), sensible aux reliefs, aux timbres, aux perspectives orchestrales, et moins soucieux d’éblouir que d’évoquer ou de convaincre.
 
Pour son premier concert dans la capitale, le jeune pianiste avait choisi un répertoire d’une virtuosité échevelée qui débutait par le tragique Nocturne en do mineur, si cher au cœur de Chopin. Ses basses ancrées dans les profondeurs, l’œuvre, bien comprise, conduite au tempo giusto, manque certes de frictions harmoniques, de tension nerveuse, d’imparable éloquence : c’est qu’il ne faut pas seulement poser, mais bel et bien soutenir et porter les notes initiales du chant, lentomezza voce, pour lesquelles Chopin a spécifié points, traits et doigtés. Octaves impeccables dans le choral, réexposition facilitée par de grandes mains. La Fantaisie en fa mineur fait état d’un contrôle supérieur : marche grave, étonnantes ressources de puissance et de masses.
 
Sans doute le rubato excessif qui l’affecte – un péché de jeunesse – pénalise-t-il davantage, au plan de l’unité organique, la Fantaisie de Schumann dont le premier morceau est « à jouer d’un bout à l’autre, d’une manière fantasque et passionnée ». Dans le mouvement final, nuancé, dans les pièces de Granados encore davantage (Goyescas), l’artiste n’en révèle pas moins la valeur d’un tempérament lyrique, fin, sentimental. Mélancolique sans être salonnarde, La Maja y el ruiseñor, descriptive à souhait, fut superbe de naturel quoique parfaitement mise en scène et dosée ; El Pelele, brillant, ailé, d’une audace folle pour un élève en cours de scolarité.
 
McLaurin jette ses dernières forces dans la Mephisto-Valse, à la William Kapell, en tête-brûlée, soutenant l’intérêt jusqu’aux derniers la. Vivement applaudi, le jeune homme, sincère, sans poses, recueilli, offre en bis la Rêverie des Scènes d’enfants de Schumann.

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